Expérimenté depuis le début des années 2000, l’enseignement bilingue au primaire entre dans une nouvelle phase au Sénégal. Le 8 septembre 2026, à la Sphère ministérielle de Diamniadio, le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Papa Malick Ndao, a présidé l’atelier ayant abouti à la validation officielle de la stratégie nationale de plaidoyer du Modèle harmonisé d’enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS).
La validation de la stratégie MOHEBS ouvre la voie à son ancrage institutionnel et à une mise à l’échelle progressive. L’objectif affiché est de passer d’un dispositif de réforme à un modèle pérenne, soutenu par des ressources nationales et un consensus entre l’État, les partenaires techniques et financiers, les collectivités, la société civile et le secteur privé.
Selon les données de la Direction de l’Enseignement élémentaire, rapportées par Capmad, le dispositif est désormais présent dans les 18 académies du pays. Il concerne plus de 640 000 élèves de CI et de CP, tandis que 12 116 enseignants, 7 327 directeurs d’école et 339 inspecteurs ont été formés aux approches bilingues. Le projet PAPSE accompagne cette extension dans plusieurs académies, notamment dans des écoles publiques rurales et périurbaines.
Le MOHEBS articule l’apprentissage initial dans six langues nationales — wolof, pulaar, seereer, joola, mandinka et sooninke — avec l’introduction progressive du français. Une évaluation indépendante menée en 2023 par RTI International a relevé une progression de 29 points de pourcentage en lecture orale et en compréhension chez les élèves bénéficiaires, par rapport à des élèves scolarisés uniquement en français dans des conditions de milieu comparables.
Cette progression suppose toutefois de systématiser le transfert des apprentissages, qui constitue l’un des fondements du modèle. Il s’agit de mobiliser et de réutiliser en langue seconde les acquis développés en langue première, plutôt que de juxtaposer deux parcours linguistiques. La réflexion du Dr Bonardi a remis cette question au centre du débat sur l’enseignement bilingue : la réussite du MOHEBS dépendra aussi de la capacité des enseignants, des supports et de l’évaluation à organiser ce passage vers le français.
La stratégie nationale de plaidoyer couvre la période 2026-2030 et accompagne les réformes curriculaires en cours. Elle prévoit notamment de renforcer la formation continue sur la lecture-écriture en langue nationale, le transfert vers le français, l’utilisation du matériel pédagogique du MOHEBS et l’évaluation bilingue.
Le décret n°2026-1112 du 21 mai 2026, qui crée un CFEE rénové et supprime le concours d’entrée en Sixième, constitue également l’un des éléments du cadre réglementaire cité dans cette démarche. Le nouveau dispositif prévoit plusieurs options linguistiques, dont une franco-arabe.
En juillet 2026, Dakar accueille la réunion du Comité de coordination internationale du projet École et langues nationales (ELAN), consacrée au bilan de sa troisième phase et à la préparation de la suivante avec les pays partenaires.
