Touba : près d’un jeune sur deux a créé son activité, mais 90 % reste dans l’informel

« C’est tout de même paradoxal : ici, à Touba, les jeunes ne trouvent pas de travail, or le potentiel économique est énorme », témoigne le Dr Fall, de l’AFPA. Cette réflexion résume les conclusions d’une enquête menée par l’Institut Africain de Management (IAM) sur l’insertion économique des jeunes dans la ville sainte des Mourides. Au premier trimestre 2026, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) relevait déjà que 54,4 % des actifs occupés au Sénégal exerçaient un travail indépendant, un taux grimpant à 62,8 % chez les femmes.

Deuxième pôle urbain du Sénégal avec 1,12 million d’habitants, Touba affiche un dynamisme entrepreneurial encore plus marqué : près d’un jeune sur deux a déjà créé sa propre activité. Huit entrepreneurs sur dix souhaitent d’ailleurs développer ou diversifier leur affaire. Mais derrière ces chiffres se cache une précarité généralisée : 90,9 % des jeunes actifs travaillent dans l’informel et 94,9 % sont sans contrat ni protection sociale.

Le financement reste l’obstacle majeur, cité par 92,2 % des entrepreneurs. Les dispositifs publics comme la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide (DER/FJ) ne sont utilisés que par 1 % d’entre eux. Cette situation pousse 77,4 % des jeunes à envisager de quitter le territoire, alors même que la croissance démographique de Touba, alimentée par d’importants flux migratoires, dépasse la moyenne nationale.

Les dahiras, un capital social à structurer

L’étude souligne le rôle clé des dahiras et des réseaux communautaires mourides. Ces cercles religieux transmettent les savoir-faire, facilitent l’accès aux premiers financements et ouvrent des marchés, y compris à l’international. « Ce capital social, hérité de l’enseignement de Cheikh Ahmadou Bamba, constitue un avantage comparatif unique », notent les chercheurs. Pourtant, ce potentiel reste sous-exploité : formations inadaptées, circuits financiers informels et faible intégration aux chaînes de valeur freinent l’insertion des jeunes.

Le rapport identifie plusieurs filières à fort potentiel de création d’emplois, notamment l’agro-industrie (avec des structures comme CODIPAS qui regroupe 450 TPME), le BTP, la logistique, le numérique (96,9 % des jeunes équipés d’un téléphone mobile) et le tourisme religieux autour du Magal.

L’équipe dirigée par le Pr Djiby Diakhaté propose huit axes opérationnels pour remédier à ces blocages. Il s’agit, entre autres, d’orienter la formation vers les métiers en tension, de structurer les chaînes de valeur et d’ancrer les dispositifs publics dans les institutions locales comme les tontines. L’étude, relayée par Dakaractu, recommande également la création de couloirs de solidarité entre les dahiras de la diaspora et ceux de Touba.

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