À peine dévoilé, le projet de la FIFA visant à ouvrir une partie de ses activités commerciales aux investisseurs privés suscite une vive opposition en Europe. L’Union européenne, l’UEFA et plusieurs fédérations nationales dénoncent une initiative qui pourrait bouleverser l’équilibre du football mondial.
Mardi, la FIFA a annoncé son intention de créer une nouvelle entité commerciale, baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE). Cette société aurait pour mission de gérer les activités commerciales de l’instance, l’organisation de ses compétitions et d’attirer des capitaux privés afin de générer jusqu’à 10 milliards de dollars destinés au développement du football.
L’organisation présidée par Gianni Infantino assure qu’elle conservera le contrôle de cette nouvelle structure grâce à une majorité au sein de son conseil d’administration et qu’elle gardera l’autorité exclusive sur la gouvernance, les compétitions et les règlements du football mondial.
L’Union européenne hausse le ton
Cette annonce a immédiatement provoqué une réaction de Bruxelles. Le commissaire européen chargé des Sports, Glenn Micallef, a mis en garde contre une « commercialisation effrénée » du football, estimant que ce projet menace les fondements mêmes du sport le plus populaire de la planète.
Selon lui, plusieurs aspects de cette réforme pourraient également soulever des questions au regard du droit européen de la concurrence. La Commission européenne a d’ores et déjà indiqué qu’elle examinerait le dossier avec la plus grande attention.
L’UEFA convoque une réunion d’urgence
L’UEFA a également affiché son opposition, estimant que la FIFA franchissait une ligne rouge que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais dépasser.
Face à cette situation, les responsables du football européen ont convoqué une réunion d’urgence afin d’adopter une position commune. La ministre française des Sports, Marina Ferrari, a insisté sur la nécessité pour les acteurs européens de parler d’une seule voix face à un projet susceptible de transformer durablement la gouvernance du football.
Le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, a lui aussi exprimé ses réserves. Il estime que cette réforme soulève de nombreuses interrogations et appelle la FIFA à davantage de transparence dans son processus décisionnel.
Les fédérations multiplient les critiques
La Fédération anglaise s’est dite « profondément préoccupée » par la gouvernance de la FIFA, tandis que son homologue allemande a qualifié le projet « d’attaque absolue contre le football ».
Même en dehors de l’Europe, les réserves se multiplient. Les confédérations asiatique (AFC) et nord-américaine (Concacaf) regrettent notamment que ce projet ait été rendu public avant toute consultation des fédérations membres.
Un projet soutenu par de puissants partenaires financiers
Pour mener à bien cette réforme, la FIFA s’appuie sur la banque d’affaires JP Morgan et le fonds d’investissement Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner.
Selon la FIFA, la nouvelle société pourrait lever près de 4,2 milliards de dollars dès cette année, l’intégralité des bénéfices devant être réinvestie dans le développement du football à travers un nouveau programme de financement destiné aux fédérations.
Un nouveau bras de fer entre la FIFA et l’UEFA
Ce projet s’inscrit dans la stratégie de Gianni Infantino visant à renforcer le potentiel commercial de la FIFA. Il intervient alors que les tensions entre l’instance mondiale et l’UEFA se sont multipliées ces derniers mois autour de plusieurs dossiers, notamment l’élargissement de la Coupe du monde, la gouvernance du football international et certaines décisions disciplinaires.
À quelques mois de l’élection à la présidence de la FIFA prévue en mars 2027, où Gianni Infantino est pour l’heure le seul candidat déclaré, cette nouvelle controverse pourrait accentuer les fractures entre Zurich et les principales fédérations européennes.
