Diomaye gouverne, Sonko résiste : une possible fracture au sommet du pouvoir

À Dakar, la séquence politique analysée par Ndiamé Sakho met en lumière les tensions entre Diomaye et Sonko. L’auteur oppose un président de la République engagé dans la stabilisation de l’État à un président de l’Assemblée nationale qui conserverait les réflexes de la conquête politique.

Selon cette lecture, Bassirou Diomaye Faye tente de gouverner avec les contraintes de l’État, de l’économie et des institutions. Ousmane Sonko, lui, resterait davantage dans une logique de pression et de rapport de force. « L’ivresse de la conquête se brise toujours sur l’arithmétique de l’État », écrit Ndiamé Sakho.

Le paradoxe d’Ousmane Sonko

Ousmane Sonko n’est plus l’opposant qui contestait l’État. Sa fonction à la tête de l’Assemblée nationale exige, estime l’auteur, de séparer le combat partisan de la responsabilité institutionnelle. Les divergences avec l’exécutif ne devraient donc pas transformer automatiquement la majorité parlementaire en instrument de confrontation.

La question de l’accord technique avec le Fonds monétaire international sert d’exemple à cette contradiction. Le programme porte sur 36 mois et environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 243 milliards de FCFA. Il est lié à la soutenabilité de la dette et au renforcement des finances publiques. Sonko demande de la transparence sur les engagements pris, une exigence que Ndiamé Sakho juge légitime sur le principe, tout en estimant que l’exercice du pouvoir impose de composer avec plusieurs contraintes.

Dans une tribune publiée par Senenews, Ndiamé Sakho présente ainsi le FMI comme un rappel de la réalité des comptes publics plutôt que comme une victoire ou une capitulation. Il estime que la souveraineté consiste aussi à négocier lorsque l’intérêt du pays le commande et à expliquer ces choix aux citoyens.

Le choix du temps pour Bassirou Diomaye Faye

Le Conseil des ministres évoqué dans la tribune n’a pas débouché sur le remaniement annoncé par certains. Il était consacré aux suites de l’accord avec le FMI et aux priorités économiques. Pour l’auteur, cette absence de changement pouvait relever d’une stratégie présidentielle : attendre la Déclaration de politique générale, observer l’Assemblée et mesurer les rapports de force avant de décider.

Cette démarche placerait Bassirou Diomaye Faye dans une posture différente de celle de son ancien allié politique. Le chef de l’État disposerait de la continuité institutionnelle, tandis qu’Ousmane Sonko présiderait une Assemblée dominée par la majorité parlementaire de Pastef.

La motion de censure comme ligne de rupture

La Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô est présentée comme un test pour le gouvernement, mais aussi pour le président de l’Assemblée. La deuxième session extraordinaire s’est ouverte dans un climat tendu, alors que la possibilité d’une motion de censure avait été évoquée.

Les responsables de la majorité ont affirmé que cette motion n’était pas à l’ordre du jour. Ndiamé Sakho relève toutefois qu’elle demeure présente dans le débat politique, notamment parce que Sonko avait brandi cette possibilité durant son bras de fer avec l’exécutif.

Pour l’auteur, une motion de censure ne serait pas un simple acte de contrôle parlementaire. Si elle entraînait la chute du gouvernement dirigé par un Premier ministre nommé par Diomaye, elle pourrait transformer le différend en affrontement ouvert entre les deux pôles du pouvoir. Le débat porterait alors sur la capacité de ceux qui ont conquis le pouvoir ensemble à gouverner ensemble.

La tribune estime enfin que le rapport de force n’est plus figé. Ousmane Sonko conserve l’appui d’une majorité parlementaire et une capacité de mobilisation, tandis que Bassirou Diomaye Faye incarne la continuité de l’État.

En juillet 2026, l’économiste Ndongo Samba Sylla rappelait que le Sénégal avait signé 22 accords avec le FMI depuis son indépendance.

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