Le matin de la Tabaski, les centres urbains sénégalais sont envahis par des milliers de peaux de moutons abandonnées et des abats en décomposition. Cette situation révèle un sous-développement structurel et un manque à gagner économique vertigineux.
Le Sénégal compte environ 19 millions d’habitants, dont 96 % sont musulmans. Chaque année, le besoin national en moutons pour la Tabaski oscille entre 800 000 et 1 000 000 de têtes. En moins de vingt-quatre heures, une masse colossale de matière organique est extraite et rejetée, avec plus de 4 000 tonnes de peaux et des volumes astronomiques de résidus de panses. Plus de 885 000 têtes ont été recensées en 2024, soulignant une dépendance croissante aux importations du Mali, du Niger et de la Mauritanie. L’ingénieur Djibril Ba recommande une restructuration de la chaîne de valeur et un seuil d’hectares spécifique pour les fermes intégrées afin de réduire cette dépendance.
Ces déchets, mal gérés, se transforment en une véritable usine à gaz à effet de serre. Chaque mouton abandonné libère entre 2 et 4 mètres cubes de biogaz, composé à près de 60 % de méthane pur. Le méthane possède un potentiel de réchauffement global 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. Selon senegaldirect, ce tableau critique pourrait servir de rampe de lancement à une révolution énergétique circulaire grâce à la méthanisation et la pyrogazéification.