À Dakar, le ministère des Télécommunications et du Numérique a présenté jeudi 13 août à l’Assemblée nationale un projet de loi consacré à la protection des infrastructures d’information critiques et à la sécurité numérique.
Le texte, examiné par une intercommission réunissant les commissions des Lois et de la Culture et de la Communication, vise à renforcer la souveraineté numérique et la capacité du Sénégal à résister aux cybermenaces. La loi sur la cybersécurité au Sénégal doit notamment établir un cadre de protection pour les systèmes indispensables au fonctionnement de l’État et aux services essentiels.
L’urgence est aussi liée à l’ampleur des attaques déjà subies par les administrations. Le Trésor public sénégalais, touché par une cyberattaque d’envergure, a reconnu un incident affectant la disponibilité de certains services numériques. Près de 70 gigaoctets de données ont été exfiltrés puis diffusés en ligne, soit potentiellement des millions de documents administratifs. Le Trésor a signalé ce problème le 10 mai 2026, tandis que la Cour des comptes a déclaré un incident le 15 juin. La Direction générale des impôts et des domaines avait, elle, été visée en octobre 2025.
Le projet prévoit de déterminer quelles infrastructures doivent être considérées comme critiques et de les inscrire dans un recensement. Les systèmes ordinaires relèveraient d’un socle commun de sécurité, tandis que les installations les plus exposées feraient l’objet d’un contrôle renforcé (Earetech). Cette hiérarchisation doit permettre de concentrer les moyens sur les réseaux dont l’interruption ou la compromission pourrait affecter directement l’État, les finances publiques ou les services essentiels.
Une autorité nationale et plusieurs CERT
La réforme prévoit la mise en place d’une autorité nationale de cybersécurité, d’un CERT national, de CERT sectoriels et de services spécialisés dans les opérations de cybersécurité. Ces structures auront notamment pour rôle d’améliorer la surveillance des réseaux, la détection des incidents et la coordination des réponses.
Cette organisation répond à un niveau de menace qui dépasse les seuls incidents administratifs. Interpol classe le Sénégal parmi les pays africains les plus ciblés par les cybercriminels dans son rapport 2026. Une tentative de détournement de 7,9 millions de dollars contre une compagnie pétrolière au Sénégal a notamment été déjouée, illustrant l’exposition des acteurs publics comme des entreprises stratégiques.
Le dispositif comprend aussi des analyses de risques, des mesures de sauvegarde, le chiffrement des données sensibles et des exercices réguliers destinés à tester la résilience des infrastructures. Il encadre également l’hébergement des données du secteur public et le recours à des services numériques externalisés. Pour Malick Fall, la protection des services publics passe d’abord par des audits de sécurité immédiats et une surveillance continue des actifs sensibles, deux axes qui doivent compléter la réponse institutionnelle prévue par le texte.
Le projet aborde par ailleurs la sécurité des objets connectés, la protection des données personnelles et la confiance dans les usages numériques. Le gouvernement souhaite aussi favoriser les prestataires agréés, soutenir les entreprises et start-up sénégalaises de la cybersécurité et créer des emplois qualifiés.
Le futur cadre doit s’inscrire dans les ambitions du New Deal technologique et de Sénégal 2050.
