Quelle utilisation a été faite des ressources placées à la disposition du Premier ministre pour accompagner le processus de paix en Casamance ?
Ces crédits sont présentés comme distincts des fonds secrets. Leur existence s’appuie notamment sur un décret de 2004 pris sous Abdoulaye Wade, qui a créé le « Programme de gestion de la paix en Casamance » sous l’autorité du Premier ministre. Depuis les présidences d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall, des ressources spécifiques ont ainsi été mobilisées en complément du budget de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC).
Leur montant et leur régime de mise à disposition restent toutefois au cœur des interrogations. Aly Ngouille Ndiaye a affirmé qu’Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à avoir bénéficié de ces fonds, ses prédécesseurs n’en ayant pas disposé. Le chiffre de 1,7 milliard de francs CFA est avancé, mais sa périodicité demeure incertaine : s’il s’agissait d’une dotation trimestrielle, elle représenterait environ 8 milliards de francs CFA par an.
Les fonds destinés à la Casamance devaient notamment soutenir le retour des populations déplacées, leur réinstallation ainsi que la construction d’écoles, de postes de santé, de forages et de pistes de production. La participation d’Ousmane Sonko, alors Premier ministre, à la signature d’accords de paix en Guinée-Bissau, sous la présidence d’Umaro Sissoco Embaló, est également évoquée comme une opération pouvant justifier la mobilisation de moyens.
Une partie des ressources aurait aussi pu accompagner le désarmement de l’aile combattante du Front Sud du MFDC et préparer la réinsertion de ses membres. Mais l’utilisation de ces crédits reste contestée. Abdoulaye Gallo Diao estime qu’ils auraient été détournés de leur objectif pour financer des dépenses ordinaires, dont l’achat de véhicules pour 940 millions de francs CFA et la rénovation de bâtiments administratifs. Il s’interroge sur la responsabilité qui pourrait en découler et évoque une éventuelle saisine de la Haute Cour. La réfection du building administratif, déjà mise en cause, appelle ainsi une justification précise de son lien avec la paix et la reconstruction en Casamance.
L’état de l’ANRAC constitue un autre point de préoccupation. L’agence est décrite comme insuffisamment dotée, installée dans des locaux loués et privée d’un siège institutionnel à Ziguinchor. Des interrogations portent aussi sur ses véhicules, ses équipements et ses capacités opérationnelles. Le contraste entre ces fragilités et les dépenses imputées aux crédits de paix renforce la nécessité de retracer les affectations, les ordonnateurs et les résultats obtenus.
Dans une analyse publiée par dakaractu, Idrissa Benjamin Sané estime que les juridictions et institutions compétentes devraient se saisir du dossier afin d’établir les faits, de préciser la nature juridique des ressources et d’en retracer l’utilisation.
