Alphabétisation au Sénégal : Khadiyatoulah Fall veut des institutions lisibles

Le Mois national de l’alphabétisation remet au premier plan la question de l’autonomie, de l’inclusion et de la participation citoyenne au Sénégal. Dans une tribune, Khadiyatoulah Fall défend une conception qui dépasse l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Pour l’auteur, ces compétences doivent permettre de gérer une activité, suivre ses revenus, comprendre son environnement et prendre part à la vie sociale. L’exemple de cent femmes productrices d’oignons présenté à Saint-Louis illustre cette approche : noter des dépenses, calculer un coût de production, vérifier un paiement ou négocier la vente des récoltes donne une portée concrète aux apprentissages.

La réflexion publiée par lesoleil pose toutefois une exigence supplémentaire. Les citoyens ne devraient pas être les seuls à s’adapter aux institutions ; celles-ci doivent également rendre leurs droits, leurs services et leurs informations accessibles dans des formes qu’ils peuvent comprendre.

Une obligation de réciprocité

L’alphabétisation des citoyens perd une partie de son efficacité lorsque les documents administratifs, les formulaires bancaires, les contrats, les informations sanitaires ou les procédures numériques restent rédigés dans une langue et avec un niveau de complexité difficiles à maîtriser.

Dans ce cas, une personne peut dépendre d’un intermédiaire pour savoir ce qu’une administration lui demande, ce qu’un contrat lui fait accepter ou ce qu’une démarche lui permet de réclamer. Cette dépendance peut toucher l’exercice d’un droit, l’accès à une aide, le suivi d’un traitement ou la participation à une décision.

Khadiyatoulah Fall estime ainsi que l’analphabétisme ne doit pas être envisagé uniquement comme une insuffisance individuelle. Certaines institutions peuvent être ouvertes juridiquement à tous, tout en demeurant difficiles d’accès sur le plan linguistique.

Les langues nationales dans les usages publics

Les langues nationales occupent une place centrale dans cette exigence. Leur reconnaissance dans les discours publics ne suffit pas : elles doivent aussi servir à expliquer, raisonner, argumenter et transmettre des connaissances.

Une langue devient un outil de citoyenneté lorsqu’elle permet de comprendre un droit, une décision administrative, une information sanitaire ou un débat public. Cette question se pose également avec les plateformes numériques, qui peuvent rapprocher l’État des usagers tout en excluant ceux qui ne maîtrisent ni leurs codes ni leurs procédures.

Les acteurs de l’alphabétisation ont déjà identifié plusieurs défis pour le sous-secteur, notamment le financement, la gouvernance et le suivi-évaluation. Le 8 septembre 2026, le Mois national de l’alphabétisation a été lancé à l’Inspection d’Académie de Pikine-Guédiawaye.

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