Dans une interview, Boubacar Boris Diop présente le leader de Pastef comme une chance pour le Sénégal et l’Afrique. L’intellectuel sénégalais le considère aussi comme l’héritier légitime de Mamadou Dia et de Cheikh Anta Diop, une comparaison qui a provoqué de vives réactions chez plusieurs universitaires.
La réflexion autour du vrai et du faux imposteur d’Abdou Khadre Gaye s’inscrit dans cette polémique. L’écrivain entend prolonger la contribution intitulée « L’Imposteur », signée par Mary Teuw Niane, aujourd’hui conseiller de Diomaye Faye. Mathématicien, professeur titulaire, ancien recteur de l’Université Gaston-Berger et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, celui-ci a notamment porté la création de l’Université virtuelle du Sénégal, de l’ANAQ-Sup et de Campusen. En janvier 2024, il avait dénoncé un « coup d’État institutionnel » et appelé à préserver le scrutin, donnant à ses prises de position une portée qui dépasse la seule controverse littéraire.
Le premier profil décrit est celui d’un individu conscient de ses limites, qui cherche à se donner une stature en imitant les codes de la grandeur. Selon l’auteur, il s’entoure de flatteurs, ajuste ses discours et finit par s’enfermer dans les rôles qu’il joue. Ses mensonges, écrit-il, le coupent progressivement du réel.
Le faux imposteur, lui, ne mesurerait pas sa propre petitesse. Il se croit naturellement supérieur et ment sans avoir conscience de tromper. Abdou Khadre Gaye le présente comme un polémiste qui attaque son entourage, multiplie les querelles et transforme ses proches en prolongements de sa personne. Il estime que cette figure peut devenir la plus ridicule, la plus pathétique et la plus dangereuse.
Cette critique renvoie aussi à la place des intellectuels dans le débat public. La journaliste et écrivaine Seynabou Sankaré a mis en garde ceux qui mettent leur plume au service de leaders politiques, les appelant à redevenir une « force de proposition constructive et positive » pour bâtir un Sénégal fort. Dans cette perspective, l’enjeu n’est pas seulement de dénoncer l’imposture, mais de distinguer l’engagement intellectuel de la complaisance partisane. « L’excellence ne se décrète pas, elle se cultive », rappelle-t-elle.
L’auteur oppose enfin ces deux profils à la véritable grandeur, qu’il associe à l’humilité, à la discrétion et au travail accompli loin du spectacle. Il estime que celle-ci se construit dans les temples, les laboratoires, les cabinets et les lieux de création plutôt que dans les clameurs publiques.
Cette contribution, publiée par Xalima, est signée Abdou Khadre Gaye, écrivain et président de l’EMAD.
