La réforme constitutionnelle peut-elle avancer sans un accord largement partagé ? À Dakar, l’initiative Sursaut Citoyen demande une concertation nationale avant toute révision de la loi fondamentale.
Le mouvement veut que cette démarche s’appuie sur les conclusions des Assises nationales et les travaux de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI). Il redoute qu’une réforme conduite selon les seuls rapports de force politiques ne provoque un affrontement entre la Présidence de la République et l’Assemblée nationale.
Réunis ce mercredi, Mamadou Ndoye, Me Mame Adama Guèye et Paul Correa ont interpellé les autorités et les acteurs politiques. Comme l’écrit EnQuête+, les responsables de Sursaut Citoyen avaient adressé, le 24 juillet dernier, des demandes d’audience au président de la République, au président de l’Assemblée nationale, aux présidents de groupes parlementaires et à plusieurs députés.
Leur objectif était de présenter des propositions de réforme institutionnelle et de rechercher un consensus de la société civile et des responsables politiques avant l’ouverture du processus législatif.
Selon les initiateurs, une seule réponse officielle leur est parvenue : celle d’Aïssata Tall Sall, présidente du groupe parlementaire de la coalition Benno Bokk Yakaar. Les autres autorités sollicitées, dont la Présidence de la République, n’ont pas répondu à leurs demandes.
Sursaut Citoyen voit dans cette absence de retour le signe d’une réticence à soumettre les projets institutionnels au débat citoyen et contradictoire. Le mouvement appelle ainsi à sortir d’une logique de confrontation entre l’exécutif et la représentation nationale.
Mamadou Ndoye a résumé la position du collectif en déclarant : « Nous voulons éviter soit une impasse, soit une réforme constitutionnelle partisane ». Il a mis en garde contre l’utilisation de la Constitution comme un outil d’aménagement du pouvoir au bénéfice du camp présidentiel.
Pour encadrer la prochaine révision, Sursaut Citoyen défend notamment une séparation effective des pouvoirs. Cette proposition comprend la fin de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature par le chef de l’État afin de renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Le mouvement réclame aussi des libertés publiques opposables à l’administration, avec des voies de recours directes pour les citoyens, ainsi qu’une obligation de reddition de comptes pour les élus et les ministres devant leurs mandants.
Le Pacte de bonne gouvernance, les Assises nationales et les recommandations de la CNRI, présidée par le professeur Amadou Mahtar Mbow, sont cités comme des références de cette démarche.
