Lors d’un entretien diffusé dans l’émission « Sans Filtre » de la RTS, le procureur financier El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla a réaffirmé la ligne suivie par le Pool judiciaire financier (PJF) dans le traitement des procédures.
Cette égalité de traitement du PJF s’applique, selon lui, à toutes les personnes poursuivies, sans considération liée à leur profil, rapporte Rewmi. L’institution peut être saisie de dossiers concernant des responsables politiques, des hommes d’affaires sénégalais ou étrangers, mais aussi des particuliers. « Le juge ne connaît pas les personnes en fonction de leur statut », a également rappelé Cheikh Ba, président de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS), alors que le débat sur le fonctionnement du PJF est régulièrement accusé de se politiser.
Pour le procureur, l’engagement des poursuites dépend d’abord de faits susceptibles de relever du droit pénal. L’identité ou la position sociale des personnes concernées ne constitue donc pas le critère mis en avant pour ouvrir une procédure.
Cette activité se mesure désormais à l’ampleur des procédures engagées. Depuis sa création, le PJF a procédé à plus de 1 000 arrestations, transmis 600 dossiers à l’instruction et saisi ou consigné plus de 35 milliards de francs CFA. Selon El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla, 114 dossiers ont été transmis pour jugement et 83 avaient déjà été jugés au moment où il s’exprimait.
El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla a également insisté sur les garanties reconnues aux justiciables, notamment la présomption d’innocence et les droits de la défense. Il estime que ces principes doivent permettre à toute personne poursuivie de bénéficier d’un procès équitable, quel que soit son statut. Mis en place le 17 septembre 2024, le PJF affiche de son côté un bilan financier évalué à 36,4 milliards de francs CFA, selon l’UMS.
Le traitement des dossiers du PJF porte notamment sur des faits présumés de détournement de deniers publics, de corruption et de blanchiment de capitaux. La ministre de la Justice, Yassine Fall, a toutefois dénoncé des « dysfonctionnements préoccupants » et annoncé une réforme, estimant qu’aucune affaire de détournement de deniers publics ni de blanchiment n’avait encore été jugée depuis 2024. Les dossiers traités concernaient essentiellement le trafic de migrants, le trafic de drogue, l’escroquerie et l’abus de confiance.
« Une réforme s’impose, le décret est validé », a déclaré la ministre, faisant de l’efficacité du PJF un enjeu central au-delà du volume des arrestations et des saisies. Pour le procureur financier, l’objectif des poursuites reste de préserver les deniers de l’État, tandis que l’UMS défend le bilan de l’institution et récuse toute lecture politique de l’action des magistrats.
