« Même la Mauritanie a plus de poissons » : les pêcheurs de Soumbédioune réclament des règles et des contrôles

À Soumbédioune, le poisson est devenu un luxe. Un spécimen qui se négociait à 100 francs CFA atteint désormais 500 francs, et il faut débourser 2 500 francs pour quatre pièces, un budget devenu inaccessible pour de nombreux ménages.

Cette flambée des prix n’est que la partie visible d’une crise plus profonde, selon les pêcheurs rencontrés sur la plage par PressAfrik. Issa Diène, pêcheur assis au bord de l’eau, dresse un constat alarmant : plage souillée, magasins vétustes, absence de toilettes et une mer envahie par les détritus. « On est à un stade où la mer est remplie de déchets, cela affecte les poissons ainsi que nous les pêcheurs », déplore-t-il, soulignant que la zone rocheuse de Soumbédioune, lieu de reproduction privilégié, devrait regorger de ressources.

Le manque de surveillance en mer aggrave la situation. Les bateaux de pêche industrielle, selon Issa Diène, ne respectent aucune limite et l’absence de contrôle rend les licences inefficaces. Il pointe aussi l’exemple mauritanien, où une charte et des règles strictes, incluant des périodes de fermeture complète, permettent une meilleure gestion des stocks. « Si même la Mauritanie a plus de poissons que nous, c’est parce qu’ils respectent leurs règles », compare-t-il.

Ces difficultés s’inscrivent dans un contexte national tendu. L’Afrique de l’Ouest concentre 20 % des activités mondiales de pêche illégale, un fléau qui coûte jusqu’à 50 milliards de dollars par an à l’économie mondiale. En mai, l’autorisation accordée à cinq navires industriels d’opérer dans la zone côtière, malgré un gel des licences en vigueur depuis 2006, a ravivé les tensions. Pourtant, en juin, le Sénégal a signé, avec treize autres pays, une déclaration à Mombasa pour lutter contre la pêche illégale.

Pour Issa Diène, l’État doit aussi intervenir sur le matériel et surtout dépêcher le ministre à Soumbédioune, qu’il qualifie de « cœur de l’apprentissage de la pêche », pour mesurer les dégâts. En mars dernier, les organisations de pêcheurs avaient recensé 218 morts en mer dans la seule région de Dakar, victimes de naufrages et de disparitions.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

Laisser un commentaire