Kiiraay : Recomposition politique et Souveraineté nationale*

La souveraineté ne signifie pas indépendance. Nous vivons aujourd’hui dans un monde interdépendant. Cheikh Anta Diop a magnifié les grands ensembles et l’histoire continue de lui donner raison.

Ce sont les grandes puissances qui dictent l’agenda mondial. C‘est elles qui ont le dernier mot pour mettre un véto à propos du choix porté sur un Secrétaire Général des Nations Unis. Elles font et défont le monde et des fois par les armes.

Toutefois, leur puissance, si grande soit elle ne les autorise pas à proclamer une quelconque souveraineté.
La souveraineté de Cheikh Anta Diop comme le dit le Doyen Samba Diouldé Thiam « n’est pas quelque chose qu’on décrète, ce n’est pas une souveraineté proclamatrice ». Elle est exigeante et suppose que l’Afrique produise beaucoup, dans l’Agriculture d’abord, l’industrialisation, la maitrise de l’énergie, le développement des sciences, la transformation des ressources naturelles, la valorisation des langues nationales dans la transmission du savoir et la construction d’une puissance continentale.

La Chine, les Etats Unis, la Russie, l’Angleterre et la France, aucun de ses Etats n’est souverain. Chaque Etat a besoin des autres pour compenser ces manquements.

La géopolitique mondiale repose aussi sur les rapports de force entre nations (conflits USA-Iran, Russie-Ukraine et leurs implications dans l’économie mondiale).

L’Afrique a certes les matières premières, le Président Senghor a toujours dénoncé la détérioration des termes de l’échange qui fait que les prix aussi bien des matières premières que des produits finis sont fixés par les pays du nord qui exploitent l’Afrique de manière éhontée et depuis des siècles.

Au moment où les puissants cherchent à renforcer leurs forces et à élargir leur intégration (Union Européenne), l’Afrique reste dans la balkanisation coloniale et ne pose aucun acte significatif pour s’unir. Plus de 54 Etats nains issus de la balkanisation, des Etats faibles sans aucun poids dans le commerce mondial (3%) et incapables de promouvoir un quelconque développement.

L’Afrique n’est pas pauvre, elle est victime d’un manque de volonté politique de ses dirigeants.
L’ONU et L’Union Africaine demeurent encore des machins comme parlait le Général De Gaulle dont le sort est lié aux caprices des grandes puissances. Comment des Etats aussi faibles peuvent-ils prétendre à la Souveraineté ?
On peut accepter la préférence nationale, le nationalisme, la nécessité vitale de booster le secteur privé national entre autres mesures mais le problème est que les nations africaines ne sont pas viables économiquement et même territorialement parce que le partage de l’Afrique s’est fait de manière arbitraire.

C’est l’occasion d’encourager le Président Faye qui vient d’être porté à la tête de la CEDEAO dans un contexte difficile de création de l’AES. Un travail immense l’attend mais c’est aussi une grande opportunité de rendre service à l’Afrique, d’acquérir une solide expérience et de mieux comprendre les tohu bohu de la vie politique africaine et internationale.

L’Afrique doit donc se battre pour son intégration sous régionale et continentales. Il faut impérativement une monnaie africaine, une armée fédérale capable lutter contre le terrorisme et un renforcement véritable des échanges intra-africains.

Il n’est pas normal que le volume des échanges Nord Sud soit encore au-dessus des échanges Sud-Sud.
Dans ce contexte, la vision d’un homme politique doit dépasser les frontières de son propre pays, prendre la direction de la CEDEAO est donc une manière d’apporter sa touche à l’intégration africaine et de faire de soi un acteur majeur de la géopolitique régionale.

Aujourd’hui, les priorités sont claires. Il s’agit de renforcer le pouvoir d’achat des Sénégalais, bousculé par la conjoncture, de lutter contre la corruption et de soutenir les efforts du gouvernement.
Nous devons booster la machine économique et faire en sorte que les bailleurs de fonds renouent avec le Sénégal dans un climat de confiance.

Kiiraaye est un parti d’espoir dès l’instant qu’il prône la République, le Patriotisme, les Compétences et la primauté de la Patrie sur le Parti.
On est tout à fait d’accord que ceux qui ont combattu ensemble avec conviction dans la conquête du pouvoir soit récompensés. C’est très juste. Cependant, le développement national ne s’accommode pas de la notion de conservatisme et de l’enfermement dans des logiques de partis.

Il faut cibler les compétences nationales intègres. Si on en trouve dans le parti c’est une bonne chose car la légitimité et le mérite sont importants en politique.
Kiiraaye doit se positionner comme la première force politique du pays. C’est une ambition légitime. Ce parti doit donc massifier à outrance dans une première phase pour rattraper son retard. Cette massification se poursuivra tant que le parti existe.

La seconde phase est la structuration à la base avec la mise sur pied des cellules, des comités et des coordinations. Les masses laborieuses pour avoir une force de frappe doivent être organisées.
Cependant, il faut qu’on soit au diapason des réalités politiques sénégalaises : la valorisation des leaders est un impératif et leur accompagnement une nécessité.

Les beaux discours ne suffisent pas dans le contexte sénégalais, c’est un secret de polichinelle. Sonko l’a tellement bien compris qu’il nourrit une phobie envers les fonds politiques du Président Diomaye Faye, qui peut, dans son entendement, les utiliser dans la stratégie de mobilisation des militants-électeurs.

De quoi a-t-on peur ? Tous les hommes politiques affûtent leurs armes pour maximiser les chances de relever les défis des nombreuses compétitions électorales à venir.

Dans tous les cas, les fonds politiques sont nécessaires pour un Président de la République. Ils font partie des attributs du pouvoir. Le maintien de ces fonds est vital pour des impératifs de « Souveraineté, de défense de la Nation et de Solidarité », le renseignement, la gestion des crises et l’aide sociale d’urgence.

Le Ministre de la justice vient de soumettre des amendements pour mieux circonscrire le champ d’application de ces textes législatifs aux institutions que sont la Présidence, la Primature et l’Assemblée Nationale.

Depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le paysage politique a changé. Le départ de Sonko, la formation d’un nouveau gouvernement et surtout la naissance de kiiraaye les Patriotes Républicains, ont favorisé une forme de bipolarisation de la vie politique nationale.

Cette bataille pourrait cependant se révéler plus complexe. Comme l’a écrit un fameux journaliste mbourois, elle pourrait devenir une confrontation entre plusieurs machines électorales.

PASTEF demeure une force politique dotée d’une base militante et d’une grande capacité de mobilisation. Sonko laissera-t-il kiiraaye seul nouer des alliances avec des partis comme le PDS, l’APR entre autres ?

L’avenir nous en dira plus. Le Pastef bouge et s’ouvre avec la vente tous azimuts des cartes. C’est la course vers la massification.
Kiiraaye doit reprendre l’initiative de l’espace public à travers les grands sujets d’actualité. Il ne doit pas laisser l’Assemblée dicter le tempo, il doit inspirer et impulser l’agenda politique pour impacter véritablement le processus de formation de l’opinion publique.
Moustapha SAMB*
Dr en communication
Professeur titulaire des universités
Membre fondateur

KIIRAAY LES PATRIOTES REPUBLICAINS

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

Un commentaire

Laisser un commentaire