Le Sénégal traverse une crise multidimensionnelle sans précédent : politique, institutionnelle, économique et sociale. Dans ce contexte, la presse privée, pourtant présentée comme un contre-pouvoir essentiel, est elle-même menacée d’asphyxie. Pourtant, une voix s’élève pour rappeler son rôle irremplaçable. Dans une tribune publiée par Xalima, l’analyste Mamadou Ibra Kane dresse un constat sévère mais propose une issue inédite : lier l’aide publique aux médias à leur contribution au développement du pays.
Depuis l’alternance de mars 2024, le secteur médiatique subit une pression sans équivalent. Le précédent Premier ministre a tenté, selon l’auteur, de « neutraliser la presse privée » en la stigmatisant comme un repère de « bandits fiscaux » et en l’asphyxiant économiquement. Arrestations de journalistes, irruptions dans les rédactions, projet de fermeture de 381 médias évoqué par le ministère de la Communication, et blocage des paiements dus par l’État ont plongé les entreprises de presse dans une crise profonde. Licenciements, arriérés de salaires dépassant un an et déscolarisation d’enfants de travailleurs du secteur sont devenus monnaie courante.
Un secteur déstabilisé mais indispensable
Malgré ce climat hostile, les plus hautes juridictions ont préservé l’État de droit. Le Conseil constitutionnel a retoqué la loi sur le Conseil national de Régulation des Médias (CNRM), et la Cour suprême a annulé trois arrêtés instaurant une autorisation préalable pour créer un média. Pour Mamadou Ibra Kane, ces victoires judiciaires ne suffisent pas à cacher l’affaiblissement d’une presse qui a pourtant joué un rôle clé dans les alternances démocratiques, la stabilité sociale et la lutte contre les pandémies.
L’originalité de sa tribune réside dans la proposition d’un nouveau pacte. Partant du constat que le Sénégal, où près de la moitié de la population est analphabète, a un besoin criant de vulgarisation des connaissances, il suggère que les médias deviennent des vecteurs de développement. « La presse pourrait aider à faire reculer l’ignorance, à vulgariser les techniques agricoles, à promouvoir les langues nationales dans l’éducation ou encore à renforcer la conscience civique », écrit-il. Pour cela, il propose d’intégrer ces missions dans un cahier des charges que devraient remplir les médias souhaitant bénéficier de subventions publiques.
Un appel au nouveau ministre
Cette contribution intervient alors que le gouvernement tente de renouer le dialogue avec la profession. Le ministre de la Communication, Bacary Sarr, nommé le 1er juin 2026, a reçu une lettre ouverte d’un professionnel des médias alertant sur l’urgence de sauver un secteur en survie, où les réductions de salaires atteignent 10 à 25 %.
