Le Premier ministre Al Aminou Lô veut rapprocher progressivement les tarifs de l’électricité de son coût réel. Le gouvernement prévoit de concentrer l’aide sur les ménages vulnérables et les petits consommateurs, au lieu de maintenir une subvention bénéficiant davantage aux ménages aisés.
« Chacun paiera son électricité et son carburant en fonction de sa poche et de ses capacités. L’État soutiendra ceux qui ne peuvent pas supporter le prix. C’est cela l’équité », a déclaré le chef du gouvernement.
Selon les chiffres présentés par Al Aminou Lô et relayés par lactuacho, les 20 % de ménages les plus nantis capteraient 65 % des subventions. Sur une enveloppe évaluée à 750 milliards de francs CFA, cette part atteindrait environ 550 milliards.
Ces données sont toutefois contestées par Bassirou Beye, ingénieur en planification économique et consultant international. Il estime que le manque d’éléments détaillés sur le ciblage empêche encore d’évaluer précisément les effets de la réforme. « Pour le moment, ce ne sont que des déclarations politiques. Le Gouvernement ne nous donne pas la source de ces chiffres », a-t-il déclaré, comme le rapporte EnQuête.
Bassirou Beye redoute surtout une baisse trop rapide des aides avant la mise en œuvre complète du « Gas to Power », un dispositif destiné à utiliser le gaz pour la production d’électricité. Il avertit qu’une hausse importante des tarifs pourrait provoquer un choc économique électricité, en pesant sur le pouvoir d’achat, les coûts de production, l’emploi et la continuité des activités des entreprises.
L’expert met aussi en doute la capacité des mécanismes de ciblage à repérer tous les ménages réellement vulnérables. Les enquêtes de l’ANSD servent de référence, mais la déclaration des revenus et l’identification des ressources des membres d’un même ménage compliquent l’exercice.
Le gouvernement vise à ramener progressivement la subvention énergétique à environ 1 % du PIB en 2029, soit près de 250 milliards de francs CFA. Le projet d’aide doit notamment concerner les petits consommateurs domestiques et les professionnels de petite puissance, tandis que les ménages défavorisés sont estimés à 40 % de la population.
Le prix de l’électricité ne dépend pas uniquement des combustibles. Il comprend aussi les charges de personnel, les services extérieurs, le transport des combustibles, ainsi que les impôts et taxes. Bassirou Beye demande par ailleurs l’achèvement de l’audit annoncé après les manifestations de 2023 et la modernisation du suivi de la consommation.
Pour le transport des combustibles, les prévisions de Senelec pour la période 2023-2027, fixées initialement à 113,733 milliards de francs CFA, ont été ramenées à 43,469 milliards après évaluation de la Commission de régulation du secteur de l’énergie.
