À Dakar, comme dans toutes les villes du Sénégal, les sachets d’eau glacée à cinquante francs CFA font partie du paysage urbain. Pourtant, derrière ce geste anodin, une étude de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) révèle une contamination à grande échelle.
Menée sur cent échantillons prélevés dans une cinquantaine de marques à Dakar et Mbour, l’analyse montre que 82 % des sachets contiennent des matières fécales et ne respectent pas les normes de potabilité. Seuls 4 % sont réellement propres à la consommation. Ces eaux souillées sont vectrices de diarrhées, de typhoïde et de choléra, des maladies qui touchent d’abord les plus démunis et leurs enfants. L’étude a été transmise à dakarmatin par un chercheur de l’UCAD.
Le plus alarmant, souligne Commerce, est que ces résultats ne se limitent pas aux unités clandestines. L’étude a porté sur des marques établies, disposant pour certaines d’agréments officiels. Le 11 mai, la Brigade de recherches de Dakar avait fermé une douzaine d’ateliers illégaux à Pikine, Thiaroye et Yeumbeul. Le 12 avril, une usine insalubre avait été découverte à Keur Massar. Mais l’étude de l’UCAD déplace le problème : le mal est aussi dans les circuits que l’on croyait contrôlés. Le ministère de l’Industrie a bien promis, le 6 juillet, des contrôles renforcés, mais le système d’inspection peine à garantir la salubrité de toute la filière.
À ce fardeau sanitaire s’ajoute une catastrophe environnementale. Les sachets usagés, jetés par millions, obstruent les caniveaux et aggravent les inondations dans la banlieue dakaroise. Leur interdiction pure et simple est tentante, mais elle priverait de revenus des milliers de vendeurs à la sauvette et, sans fontaines publiques d’eau potable en remplacement, pénaliserait les plus modestes.
L’étude de l’UCAD, présentée le 23 juin 2026 à l’occasion de la Journée scientifique sur la sécurité sanitaire des aliments, laisse le pays face à un choix urgent : contrôler vraiment ou retirer progressivement ces sachets du marché. L’inaction n’est plus tenable quand on sait que l’eau que l’on offre, au nom de la teranga, peut rendre malade.
L’étude a porté sur 100 échantillons provenant de 50 marques différentes, prélevés à Dakar et Mbour.
