Cybercriminalité : Interpol place le Sénégal parmi les pays africains les plus ciblés

Le Sénégal figure désormais parmi les pays africains les plus ciblés par les cybercriminels. C’est l’un des principaux constats du rapport 2026 d’Interpol sur les cybermenaces en Afrique, qui met en garde contre une recrudescence des rançongiciels (ransomwares), des violations de données et des attaques visant les infrastructures critiques. Selon Seneweb visité par Senego, l’organisation révèle également qu’une tentative de détournement de 7,9 millions de dollars contre une compagnie pétrolière opérant au Sénégal a pu être déjouée grâce à l’intervention rapide des autorités.

Dans son rapport, Interpol indique que les attaques par rançongiciel ont été particulièrement nombreuses en Afrique du Sud, au Nigeria, en Namibie, au Sénégal et en Zambie. L’organisation observe une évolution des cibles des cybercriminels, qui s’attaquent désormais davantage aux établissements de santé, aux fournisseurs de services publics ainsi qu’aux plateformes gouvernementales afin de maximiser les perturbations et les possibilités d’extorsion.

Une fraude de 7,9 millions de dollars déjouée

Parmi les cas recensés, Interpol cite une tentative de fraude impliquant une infrastructure basée au Sénégal. L’opération visait une compagnie pétrolière et portait sur un montant de 7,9 millions de dollars.

Les autorités sont toutefois parvenues à bloquer le compte bancaire destiné à recevoir les fonds, empêchant ainsi le transfert de l’argent.

Pour Interpol, cette affaire illustre le caractère international des réseaux cybercriminels. Selon l’organisation, des groupes opérant depuis l’Afrique utilisent des infrastructures réparties dans plusieurs pays pour cibler des entreprises situées en Europe et en Amérique du Nord.

L’intelligence artificielle au service des escroqueries

Le rapport décrit un mode opératoire de plus en plus sophistiqué. Les cybercriminels commencent par identifier les responsables de la paie ou des achats au sein des entreprises avant de compromettre leurs comptes grâce à des campagnes de phishing ou à des techniques de « credential stuffing » (bourrage d’identifiants).

Une fois cet accès obtenu, ils utilisent des courriels générés par l’intelligence artificielle, imitant le style de hauts dirigeants, pour demander en urgence la modification de coordonnées bancaires ou l’exécution de virements frauduleux.

Interpol souligne également que le recours à des services de messagerie gratuits, comme Gmail ou Outlook, complique la détection de ces usurpations d’identité et réduit l’efficacité des systèmes classiques de protection des courriels.

Le facteur humain, principale faille

Selon l’organisation internationale, la faiblesse des dispositifs de partage d’informations entre banques, opérateurs de télécommunications et services d’enquête favorise encore les cybercriminels. Malgré les progrès enregistrés dans la détection des fraudes, la coopération internationale reste souvent lente.

Le rapport met aussi en lumière le rôle des « mules financières », recrutées via de fausses offres d’emploi pour blanchir les fonds issus des escroqueries, notamment dans les pays où les mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent demeurent insuffisamment appliqués.

Pour Interpol, le principal point faible reste toutefois le facteur humain. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les tentatives d’usurpation d’identité deviennent de plus en plus crédibles, rendant les utilisateurs plus vulnérables aux manipulations.

Le Sénégal renforce sa cybersécurité

Face à cette montée des risques, plusieurs États africains accélèrent le renforcement de leurs capacités en matière de cybersécurité. L’Angola s’est doté d’une stratégie nationale dédiée et d’un Centre national de cybersécurité.

Le Sénégal, de son côté, poursuit son initiative de « souveraineté numérique ». Le rapport rappelle que le pays a mobilisé 24 millions de dollars pour moderniser ses plateformes numériques et renforcer la lutte contre la cybercriminalité, notamment le cyberharcèlement.

Pour Interpol, ces avancées témoignent d’une prise de conscience croissante des États africains. L’organisation estime toutefois que le principal défi réside désormais dans la mise en œuvre effective de ces stratégies et dans le renforcement de la coopération entre les différents acteurs de la cybersécurité.

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