Le chercheur-consultant en migrations internationales et président d’Horizon Sans Frontières, Boubacar Seye, estime que la crise de Ceuta dépasse largement la question d’un simple afflux migratoire. Selon lui, cette frontière est devenue un véritable enjeu géopolitique, où se croisent les intérêts du Maroc, de l’Espagne et de l’Union européenne.
Pour Boubacar Seye, dans sa tribune transmise vendredi à Senego, l’événement révèle une réalité complexe mêlant souveraineté, diplomatie, sécurité, coopération économique et mobilité humaine. Il juge réducteur d’expliquer la situation uniquement par un différend politique entre Rabat et Madrid ou par une question de contrôle des frontières.
Le spécialiste souligne que les causes structurelles des migrations demeurent inchangées : chômage des jeunes, inégalités sociales, précarité, effets du changement climatique et manque de perspectives économiques. À ces facteurs s’ajoute, selon lui, l’action des réseaux criminels de passeurs qui profitent de la vulnérabilité des candidats à la migration.
Boubacar Seye met également en lumière ce qu’il considère comme une contradiction des politiques européennes. « L’Europe réclame un contrôle renforcé des frontières extérieures tout en ayant besoin, dans plusieurs secteurs, d’une main-d’œuvre étrangère », relève-t-il, estimant que cette situation accentue la pression sur les pays de transit.
Face à ce constat, il plaide pour un changement d’approche. « Les réponses exclusivement sécuritaires ont montré leurs limites. Elles déplacent souvent les routes migratoires sans faire disparaître les causes profondes des départs », affirme-t-il.
Le président d’Horizon Sans Frontières propose une stratégie articulée autour de cinq axes : renforcer la coopération politique entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne, intensifier la lutte contre les réseaux de passeurs, développer des voies de migration régulière, investir dans l’emploi et la formation des jeunes et placer la dignité humaine au cœur des politiques migratoires.
En dernièrev analyse, Boubacar Seye rappelle que « la migration est désormais un enjeu de puissance » et avertit qu’« aucune frontière ne peut être durablement sécurisée lorsque l’espérance disparaît de l’autre côté », appelant à une gouvernance fondée sur la responsabilité, la solidarité et une vision commune de la mobilité humaine.
