55 millions de dollars sont au cœur de la controverse qui oppose l’ancien directeur général de PETROSEN, Alioune Gueye, à Al Amine Lo. L’ancien responsable conteste l’existence d’une créance due à l’État dans le dossier du retrait de Kosmos du bloc Yakaar-Teranga. Pressafrik rapporte que ce différend porte sur l’interprétation de l’accord de retrait.
Ce dossier concerne un actif stratégique pour le Sénégal. Le contrat de recherche et de partage de production (CRPP) a été signé le 17 janvier 2012, avant l’approbation, le 19 juin de la même année, des décrets n° 2012-596 pour Cayar OSP et n° 2012-597 pour Saint-Louis OSP. Yakaar-Teranga est depuis considéré comme le bloc gazier le plus prometteur du bassin sédimentaire sénégalais. Le 22 avril 2026, le Sénégal a annoncé en avoir récupéré le contrôle sans payer un seul franc CFA.
La réponse d’Alioune Gueye à Al Amine Lo intervient après une déclaration faite à l’Assemblée nationale en réponse au député Babacar Ndiaye. Le Premier ministre y est revenu sur le retrait de Kosmos et a évoqué un possible manquement lié à cette somme, en visant le responsable de PETROSEN ayant signé l’accord de retrait.
Une chronologie au centre du désaccord
Le 22 avril 2026, PETROSEN et Kosmos ont signé un accord conjoint après des renégociations entamées en août 2024. Le retrait s’inscrivait aussi dans une situation devenue difficile pour l’opérateur : selon l’ancien directeur général de PETROSEN Mamadou Faye, il était logique, le permis arrivant à échéance en juin 2026 et Kosmos n’ayant plus d’intérêt économique à le conserver. La société rencontrait en outre des difficultés financières et n’avait pas réussi à attirer de nouveaux partenaires après le retrait de BP.
Selon Alioune Gueye, le document signé le 22 avril ne prévoyait plus qu’une formalité : la publication d’un arrêté par le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines.
Le même jour, le Premier ministre avait annoncé une « victoire majeure » et précisé que le retrait serait validé par arrêté ministériel. Le 24 avril, Kosmos, en tant qu’opérateur, a demandé au ministre d’approuver la renonciation par arrêté avec effet immédiat. La société s’est également engagée à transférer les données prévues par le contrat.
Le 15 mai, le ministre n’a pas signé l’arrêté. Il a plutôt demandé à Kosmos un état détaillé de ses dépenses ainsi qu’un calcul du solde éventuel lié aux 55 millions de dollars. PETROSEN a reçu une demande similaire concernant les données transmises et le calcul de ce solde.
Alioune Gueye lui a répondu le 19 mai, en contestant la base juridique de cette réclamation. Il a estimé que l’accord préservait les droits de l’État sans créer de créance et que les travaux prévus avaient déjà été réalisés.
Le 1er juin, le ministre a qualifié la démarche de l’ancien directeur général de « légitime », tout en maintenant son désaccord sur l’interprétation des 55 millions. Il a aussi indiqué que cette question relevait du ministère des Finances. L’arrêté n’a toujours pas été signé, tandis qu’Alioune Gueye affirme qu’aucune mise en demeure ni appel de garantie n’a été adressé à Kosmos.
Engagement de dépenses ou créance de l’État ?
Dans sa réponse, Alioune Gueye distingue l’engagement minimum de dépenses prévu pour la période d’études de développement d’une dette exigible. Il s’appuie notamment sur l’article 4 du décret n° 2024-713 et sur les dispositions du Code pétrolier relatives au programme minimum de travaux.
Il soutient que l’article 19 de la loi n° 98-05 prévoit une indemnité lorsque les obligations de travaux ne sont pas exécutées, et non le remboursement automatique d’une enveloppe qui n’aurait pas été entièrement dépensée. Il cite les travaux réalisés sur le bloc : Teranga-1, Yakaar-1, Yakaar-2 ainsi qu’une campagne sismique 3D.
Selon lui, ces opérations représentent plus de 300 millions de dollars investis et appartiennent désormais au Sénégal. Il en déduit que le barème contractuel applicable aux travaux est épuisé et qu’il ne resterait donc aucun montant à réclamer au titre des 55 millions.
Le décret n° 2024-713 a été signé le 13 mars 2024.
