La sortie du Premier ministre Al Aminou Lô, lors de sa Déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale, évoquant un « manquement grave » qui aurait privé l’État du Sénégal de 55 millions de dollars, fait réagir l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye. Mis en cause dans le dossier de retrait de Kosmos, il réfute catégoriquement l’existence d’une telle créance. Ainsi, pour le dossier Kosmos, M. Gueye, dans une mise au point, affirme : « personne ne doit 55 millions de dollars à l’État ». ,
« Personne ne doit 55 millions de dollars à l’État », martèle-t-il, estimant que les 55 millions évoqués correspondent non pas à une dette, mais à un engagement minimum de dépenses prévu par le décret n° 2024-713 du 13 mars 2024.
Pour l’ancien DG de Petrosen, « un engagement de dépenses n’est pas une créance ». Il soutient que les sommes éventuellement dues par le titulaire doivent être déterminées par le contrat : « Ce que le titulaire doit à l’État, s’il ne réalise pas ses travaux, c’est ce que le contrat dit, et rien d’autre. »
« Le barème est épuisé »
Alioune Gueye met également en avant les investissements déjà réalisés par Kosmos. « C’est plus de 300 millions de dollars investis, aujourd’hui propriété du Sénégal. Le barème est épuisé. Il ne reste donc rien à réclamer », affirme-t-il .
Il conteste ainsi l’interprétation de l’article 19 du Code pétrolier qui permettrait, selon lui, de présenter les 55 millions comme une indemnité automatiquement exigible. Cette disposition concerne un « programme minimum de travaux de recherche » devant être stipulé dans la convention, explique-t-il.
Or, « les 55 millions ne sont ni l’un ni l’autre », insiste-t-il. Il s’agit, selon lui, « d’une enveloppe d’études de développement » fixée par un décret de prorogation et non d’une indemnité prévue par le contrat. « Le Code renvoie au contrat ; le contrat ne prévoit rien pour les 55 millions. La chaîne juridique s’arrête là. »
« Kosmos serait partie sans rien payer »
L’ancien responsable de Petrosen rejette également l’idée selon laquelle l’accord conclu en avril aurait fait perdre 55 millions de dollars au Sénégal. Selon lui, à l’expiration naturelle du contrat en juillet 2026, Kosmos serait partie sans avoir à verser cette somme.
« C’est faux. À l’expiration naturelle, la seule indemnité exigible aurait été celle de l’article 7.9 qui était elle-même épuisée. Kosmos serait partie sans rien payer, et sans rien devoir. »
Il estime au contraire que l’accord d’avril a permis au Sénégal d’obtenir des garanties supplémentaires, notamment « l’engagement écrit de Kosmos de transférer l’intégralité des données, des bandes et des actifs, et de coopérer de bonne foi jusqu’au bout ».
Pour Alioune Gueye, « l’accord n’a rien coûté au Sénégal. L’expiration naturelle lui aurait rapporté moins ».
« Personne ne s’est substitué à l’État »
L’ancien DG de Petrosen nie par ailleurs avoir abandonné une quelconque créance au nom de l’État. « Personne ne s’est substitué à l’État, et personne n’a pardonné quoi que ce soit », affirme-t-il.
Il s’appuie notamment sur la lettre du 1er juin, citée par le Premier ministre, qui précise que l’accord « régit exclusivement les relations entre Kosmos et Petrosen », qu’il « n’est pas opposable à l’État » et que « Petrosen ne peut se substituer à l’État dans l’exercice de ses droits ».
Dès lors, Alioune Gueye relève ce qu’il considère comme une contradiction : « On ne peut pas soutenir à la fois que l’accord ne lie pas l’État et qu’il a effacé une créance de l’État. »
Selon lui, si les 55 millions étaient réellement dus, rien n’empêcherait aujourd’hui l’État de les réclamer puisque le contrat est arrivé à expiration. « Si la créance existe, elle existe aujourd’hui, intacte, contre Kosmos. Le Code et le contrat disent exactement comment la recouvrer. Rien dans notre accord ne l’en a jamais empêché. »
« Seule l’appréciation a changé »
Alioune Gueye estime enfin que le débat porte moins sur sa signature que sur l’interprétation actuelle des textes. « Rien n’a changé dans les textes entre le 22 avril et hier. Ni le Code pétrolier, ni le décret 2024-713, ni le CRPP. Seule l’appréciation a changé. Or les textes ne se lisent pas différemment selon la saison. »
Il assure avoir agi conformément aux directives reçues et revendique le bilan de l’opération : « J’ai, avec fierté, fait sortir du gisement le plus prometteur du Sénégal un opérateur qui ne prenait pas sa décision d’investissement, sans qu’il en coûte un centime à l’État, en préservant plus de 300 millions de dollars d’actifs. »
L’ancien DG se dit prêt à s’expliquer devant les institutions compétentes. « Je me tiens à la disposition de toute institution de la République, Assemblée nationale, Cour des comptes, justice, pour répondre de cette signature. »
Et d’ajouter : « J’assume cet acte. Je l’assumerai devant qui le souhaite, avec les textes, et rien que les textes.
