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Souleymane Jules Diop : « Ngaido était bâti comme pour résister à tous les temps »

Le cinéaste Ngaïdo Ba est décédé des suites de la maladie à coronavirus, hier dimanche, à l’hôpital Principal de Dakar. Réalisateur de 1972 à 1977 à l’Office de la radio et télévision du Sénégal (Orts) devenu plus tard la Radiotélévision Sénégalaise (RTS). Son riche potentiel en audiovisuel et cinéma l’a définitivement poussé à se lancer dans le septième art. Le journaliste Souleymane Jules Diop a tenu à lui rendre hommage.

In-extenso son témoignage

 

Cinéaste, Ndaido Ba l’était. Journaliste aussi ! Je l’ai connu à la fin des années 90. Militant, il était de l’aile réformiste du Parti socialiste pour, disait-il, l’adapter aux nouveaux enjeux d’un monde post communiste. Ngaido avait des idées à sa taille : hautes, qu’il savait déclamer de sa voix de baryton.
Gentilhomme affable, amoureux de son palais, il n’en était pas moins un débatteur féroce, qui tenait la dragée face aux jeunes opposants à la faconde molle que nous étions.
Le Parti socialiste avait son organe, le Débat, où des esprits lumineux (mais féroces) de l’acabit du doyen Abdou Salam Kane (ASAK pour les intimes) venaient toutes les semaines planter leurs plumes incandescentes.
Toujours bien habillé, la gorge nouée sous une chemise d’un blanc maculé, Ngaido était bâti comme pour résister à tous les temps : il était toujours neuf.
Le Parti socialiste pris dans le creux de la vague, entre légitimistes et réformateurs autour de son ami Ousmane Tanor Dieng lui offrait l’ambiance des joutes des années 70 entre senghoristes et militants de la gauche socialiste.
Sous la férule de son ami Abdou Rahim Agne, un petit think tank s’est constitué, qui voulait mener le Parti socialiste sénégalais à son Epinay. Il y avait Agne, Président de Groupe et porte-parole du Ps et Cheikh Dièye, Conseiller en communication. Ils étaient la prolongation d’une voie ouverte par le philosophe Babacar Sine, un autre de l’extrême gauche passé à la social-démocratie.
Le soir tombé, ce beau monde faisait cap sur Maginot. Pas une ligne dans la presse qui ne fasse… débat. Au Rez-de-chaussée de ce grand immeuble, on se servait à la bonne assiette de feu Laye Sow, homme de goût, en écoutant jouer Maguett Ndiaye, survivant de la Star Band et du Number One. Ngaido y était, toujours, l’air émerveillé, le regard lumineux, partagé entre les lignes de son éditorial que nous commentions… et la carte du Fouquet’s. Le corps nourrissait l’esprit et… vice versa. On y parlait du bon français sous l’œil vigilant d’Abdou Rahim, vibrant d’éloquence, de savoir, la barbe taillée au millimètre. N’entraient là que ceux qui étaient… sophistes.
Cette grand épopée a été stoppée net par ceux que l’on appelait avec dédain les « libéros », pressés d’en découdre les tenants de l’ordre ancien.
Ngaido n’avait qu’un seul combat qu’il menait avec davantage de délicatesse, celui de ses convictions. Il retrouvera une nouvelle vie avec Abdoulaye Wade à travers sa « majorité d’idées » et saluera chez l’ancien Président, le mécène de la Culture et du panafricanisme. Ngaido était élégant. Il nous quitte tel qu’il nous apparaissait : sans gêner personne.

Souleymane Jules Diop

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