Sonko : « Notre Assemblée doit être une chambre de délibération, non une chambre d’écho »

À la clôture de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale de 2026, le président de l’institution, Ousmane Sonko, a livré mardi un discours fortement axé sur la séparation des pouvoirs, l’autonomie du Parlement et la vitalité démocratique. Pour lui, « l’État n’a pas besoin d’institutions alignées, mais d’institutions debout ».

Après la Déclaration de politique générale du Premier ministre Al Aminou Lo, Sonko a salué un exercice parlementaire qu’il présente comme la preuve qu’une Assemblée nationale doit être « non dans le silence d’une chambre d’enregistrement, mais dans la clarté d’une délibération publique ».

Pour lui, la DPG ne doit pas être une simple formalité. Elle permet au gouvernement d’exposer ses choix et aux députés de les interroger, les critiquer et les évaluer.

« Une politique publique ne se juge pas à l’élégance de sa formulation mais à ce qu’elle change dans la vie des gens », a-t-il insisté.

« L’Assemblée n’est ni un service de la Présidence, ni un département du gouvernement »

Le président de l’Assemblée a surtout consacré une partie importante de son intervention à la séparation des pouvoirs.

S’appuyant sur la Constitution et sur Montesquieu, il rappelle que l’Assemblée nationale dispose d’un pouvoir propre : légiférer, contrôler l’action gouvernementale et évaluer les politiques publiques.

Sonko rejette ainsi toute conception d’un Parlement soumis à l’exécutif :

« Les députés ne sont pas les greffiers des décisions prises ailleurs. »

Il défend également la divergence entre institutions, alors que l’absence d’alignement entre la majorité parlementaire et l’exécutif alimente les inquiétudes sur une éventuelle crise institutionnelle.

Pour lui, le désaccord politique ne constitue pas, à lui seul, une crise institutionnelle. « Le président exerce ses responsabilités, le gouvernement est constitué, le Premier ministre a présenté sa déclaration de politique générale et l’Assemblée siège et délibère », fait-il valoir.

« L’État n’a pas besoin d’institutions alignées, mais d’institutions debout »

Ousmane Sonko défend une Assemblée autonome, capable de contrôler, d’amender, de questionner, voire de refuser, sans que cela soit assimilé à de l’obstruction.

« L’autonomie n’est pas l’hostilité, le contrôle n’est pas la défiance et le désaccord n’est pas le désordre », martèle-t-il.

Il met également en garde contre la tentation de présenter toute divergence institutionnelle comme une crise :

« Présenter toute divergence institutionnelle comme une crise reviendrait à faire de l’unanimité la norme démocratique alors qu’elle en est souvent le masque funéraire. »

Une démocratie qui doit dépasser les élections

En citant notamment Amartya Sen, Montesquieu, Mamadou Diouf et Mahmood Mamdani, Sonko élargit son propos à la conception de la démocratie.

« Voter, c’est choisir. Débattre, c’est continuer d’exercer sa citoyenneté après le vote », affirme-t-il.

Le peuple ne doit donc pas seulement être l’origine du pouvoir à travers les élections, mais également sa destination. Le Parlement, les médias, les organisations de la société civile et les universités doivent participer à cette démocratie permanente.

Sonko insiste en dernière analyse sur la dimension sociale de la démocratie : éducation, santé, emploi, réduction des inégalités, accès aux services essentiels et souveraineté doivent être les véritables critères permettant de juger l’action publique.

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