L’ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes, estime que les candidatures africaines au poste de secrétaire général de l’ONU sont confrontées à un obstacle politique majeur : le principe de rotation régionale. Selon lui, ce mécanisme favorise cette fois-ci l’Amérique latine et les Caraïbes, réduisant considérablement les chances des prétendants africains, dont l’ancien président sénégalais Macky Sall et le diplomate ougandais Olara Otunnu.
Invité de Radio France Internationale (RFI), mercredi, Carlos Lopes a souligné que ce principe constitue « un élément qui affaiblit n’importe quelle candidature africaine ». « Dans cette élection, le principe de rotation régionale favorise clairement l’Amérique latine et les Caraïbes », a-t-il déclaré.
L’ancien haut responsable onusien rappelle que l’Afrique a elle-même largement bénéficié de cette règle lors des élections de Boutros Boutros-Ghali (1992-1996) et de Kofi Annan (1997-2006). Selon lui, présenter aujourd’hui des candidats africains risque de donner l’impression que le continent remet en cause un principe dont il a tiré profit.
« Les deux secrétaires généraux africains avaient obtenu un large soutien des autres régions du Sud précisément parce que cette rotation était respectée », a-t-il expliqué, estimant qu’affaiblir ce principe pourrait créer un précédent préjudiciable aux intérêts futurs de l’Afrique.
Macky Sall « mal parti »
Carlos Lopes s’est également prononcé sur la candidature de l’ancien président sénégalais. À ses yeux, le soutien officiel apporté par le président Bassirou Diomaye Faye est intervenu trop tard pour modifier la dynamique de la campagne.
« Le Sénégal reste profondément divisé sur l’héritage de Macky Sall et sur sa candidature. Le soutien du président est arrivé tardivement et n’a pas permis de rétablir une véritable cohérence institutionnelle. La candidature est donc mal partie », a-t-il analysé.
L’universitaire souligne par ailleurs que Macky Sall ne bénéficie toujours pas du soutien officiel de l’Union africaine, une approbation qui nécessiterait, selon lui, la convocation d’une réunion exceptionnelle du Conseil exécutif de l’organisation, une hypothèse qu’il juge peu probable.
Il estime également que la démarche du Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine et a annoncé la candidature de Macky Sall sans suivre les procédures habituelles, complique davantage les chances d’un soutien continental.
« Il y a beaucoup de malentendus et de difficultés politiques qui rendent ce soutien pratiquement impossible », a-t-il affirmé, considérant que l’ancien président sénégalais apparaît aujourd’hui comme « le candidat le plus en difficulté » à l’issue du premier vote indicatif.
Olara Otunnu respecté, mais désavantagé
Concernant le diplomate ougandais Olara Otunnu, Carlos Lopes reconnaît son importante réputation au sein des Nations unies et rappelle qu’il a contribué à l’instauration du vote indicatif utilisé pour la désignation du secrétaire général.
Toutefois, il estime que cette reconnaissance historique ne compense pas son entrée tardive dans la compétition. « Son prestige diplomatique appartient davantage à l’histoire qu’à son présent politique », a-t-il observé.
Lors du premier vote indicatif organisé le 30 juillet au siège des Nations unies à New York, Macky Sall s’est classé cinquième, tandis qu’Olara Otunnu a terminé septième. La Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête de cette première consultation.
Le successeur d’Antonio Guterres à la tête des Nations unies devrait être désigné au mois d’octobre.