Bien que physiquement absent, Donald Trump domine les débats du 39e sommet de l’UA à travers cette rupture diplomatique majeure

Le 39e sommet annuel de l’Union africaine s’ouvre ce vendredi avec une chaise vide particulièrement remarquée : celle du président américain. Si Donald Trump ne fait pas le déplacement, l’impact de son second mandat constitue le point central des discussions entre les délégations des 55 États membres, contraints de naviguer dans une nouvelle réalité géopolitique marquée par une rupture nette avec les pratiques diplomatiques traditionnelles.

L’administration américaine opère actuellement un virage stratégique majeur vis-à-vis du continent. Selon les observations rapportées par Al Jazeera, la Maison Blanche délaisse les engagements multilatéraux et les vastes programmes de développement au profit d’accords bilatéraux strictement transactionnels. Carlos Lopes, professeur à l’Université du Cap, décrit cette transition comme une source d’incertitude majeure pour les dirigeants africains. L’approche privilégie désormais la sécurité et l’accès aux ressources, reléguant au second plan l’aide au développement classique.

Cette réorientation se traduit par des mesures concrètes et drastiques. Le démantèlement de l’USAID et l’annulation de milliards de dollars de programmes d’aide ont des répercussions immédiates sur le terrain. Belinda Archibong, de l’Université Johns Hopkins, souligne les impacts négatifs sur la santé mondiale, citant des interruptions de services dans les programmes de lutte contre le VIH et le paludisme. Le Center for Global Development estime que ces coupes budgétaires pourraient entraîner entre 500 000 et un million de décès supplémentaires par an, notamment en raison de la hausse de la mortalité liée à la malnutrition au Nigeria et en Somalie.

Sur le plan commercial, la politique tarifaire américaine ajoute une pression supplémentaire. Des droits de douane allant de 10 % à 50 % ont touché plusieurs économies africaines, affectant particulièrement l’industrie textile du Lesotho et les exportations de vanille de Madagascar. Bien que l’AGOA (Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique) ait été temporairement prolongée jusqu’à la fin de 2026, l’incertitude demeure pour les industries dépendantes du marché américain.

Face à cette doctrine de l’« Amérique d’abord », les capitales africaines adoptent une stratégie de « couverture ». Il s’agit de maintenir le dialogue avec Washington tout en renforçant les liens avec la Chine, les pays du Golfe et l’Europe. Everisto Benyera, de l’Université d’Afrique du Sud, note que l’Union africaine cherche à éviter toute confrontation directe tout en affirmant son autonomie stratégique. Des pays comme l’Afrique du Sud et le Nigeria continuent de collaborer avec les États-Unis sur des dossiers sécuritaires ou commerciaux, tout en exprimant leurs désaccords sur des sujets de droit international.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire