Le mercredi 12 août 2026, à trois jours des grandes courses, Guet-Ndar préparait les régates du 15 août. Dans les sous-quartiers de Lodo, Pondo Khôlé et Dakk, les activités culturelles accompagnaient les entraînements des rameurs.
Les régates traditionnelles de Saint-Louis occupent une place particulière dans la vie de la ville. Elles opposent les sous-quartiers de Guet-Ndar, mais cette rivalité repose sur une histoire familiale commune. « Nous avons le même ancêtre », rappelle Elhadj Lamana Dieng, membre du staff de Lodo.
La filiation paternelle détermine le sous-quartier représenté par chaque rameur. Deux frères peuvent ainsi porter des couleurs différentes pendant la course. En dehors du fleuve, ils restent des voisins et des parents.
La préparation commence plusieurs semaines avant l’épreuve. Les rameurs renforcent leur condition physique et répètent les mouvements à bord des pirogues d’entraînement. Birahim, jeune rameur de Lodo, explique que le travail porte aussi sur la concentration mentale. L’objectif est de maintenir la coordination du groupe, car un déséquilibre peut coûter la victoire.
Les familles participent également à cette préparation. Les femmes privilégient notamment la bouillie de mil, le lait et le lait caillé, tandis que les repas trop gras sont évités. Certaines équipes dorment sur les toits des maisons afin de rester proches de leur entraînement.
Cette place de la pirogue dans la vie saint-louisienne s’est encore affirmée le 25 juillet, lors du Festi-Gaal. Le festival a réuni démonstrations de sauvetage, canoë-kayak, défilé de pirogues décorées et course entre les sous-quartiers, dans un esprit de fair-play. Un concours de préparation du thiébou dieune a aussi prolongé cette célébration, entre pratique sportive, culture et mémoire de la pêche artisanale.
Mais derrière la fête, les pêcheurs ont rappelé les menaces qui pèsent sur leur activité. Ils ont dénoncé la perte de la zone de Diattara, occupée par des multinationales gazières, ainsi que leurs inquiétudes face au projet de gazoduc. Les conséquences de la brèche de Saint-Louis, responsables de nombreuses pertes humaines, restent également présentes dans les préoccupations exprimées autour du fleuve. La pirogue ne représente donc pas seulement une tradition à célébrer : elle est aussi un outil de travail et le symbole d’un espace à préserver.
Comme l’écrit lesoleil, le fleuve ne sert pas seulement de cadre à la compétition. Il a contribué à l’histoire économique de Saint-Louis, au transport des marchandises et aux échanges avec l’arrière-pays. À Guet-Ndar, les connaissances liées aux courants, aux vents et aux saisons se transmettent de génération en génération.
Le professeur Abdoul Sow, directeur du Centre de recherche et de documentation du Sénégal, estime qu’il est difficile de parler de Saint-Louis sans évoquer le fleuve Sénégal. L’artiste, écrivain, parolier et conteur Pape Samba Sow, dit Zoumba, considère pour sa part que l’eau relie la géographie, l’histoire et les croyances de la ville.
Le 15 août 2026, les berges situées entre l’île de Ndar et Sor devaient accueillir les familles, les jeunes, les anciens, les notables et les autorités. Depuis le pont Faidherbe, les spectateurs devaient suivre le départ des pirogues et les coups de pagaie des rameurs.
