À Saint-Louis, le fleuve Sénégal demeure au cœur de l’approvisionnement en eau, de l’agriculture, de la pêche et de la vie quotidienne. Pourtant, le lien entre Saint-Louis et le fleuve se détériore sous l’effet de l’érosion, de la pollution, de l’urbanisation, de la raréfaction des ressources et de l’évolution des modes de vie.
Le professeur Abdoul Sow observe que le cours d’eau, autrefois perçu comme une source de subsistance, est désormais utilisé sans toujours être respecté. Des déchets y sont jetés, des berges sont occupées et certaines constructions ne tiennent pas compte de la circulation naturelle de l’eau. Cette transformation est aussi liée au recul du rôle économique que le fleuve jouait autrefois, selon l’universitaire.
Une ressource sous pression
Bourry Kâ, cheffe de la brigade des ressources en eau de Saint-Louis, rappelle que le fleuve reste indispensable aux besoins en eau des populations, aux activités économiques et aux productions agricoles. Elle souligne également son importance pour l’équilibre écologique et pour les usages quotidiens des habitants.
La pollution, la salinisation, l’érosion et le changement climatique accentuent les difficultés. Guet-Ndar et la Langue de Barbarie figurent parmi les secteurs particulièrement vulnérables. À Odobéré, dans le Daandé-Maayo du département de Kanel, des habitants avaient aussi signalé, le 30 avril 2026, la dégradation de la rive sous l’effet de l’érosion, des inondations et de l’extraction de sable.
Pour Abdoul Sow, l’eau doit être considérée comme un facteur de développement urbain. Il cite plusieurs activités susceptibles d’être mieux valorisées : l’agriculture, la pêche, la navigation, le tourisme, les loisirs et les promenades fluviales. Il évoque également une meilleure organisation des débarquements de pêche et des aménagements urbains davantage adaptés à l’environnement aquatique.
La transmission des savoirs menacée
La fragilisation du rapport au fleuve ne concerne pas seulement l’environnement et l’économie. Mamadou Sarr, jeune pêcheur de Guet-Ndar et président de la commission environnement de l’Association des pêcheurs à la ligne de Saint-Louis, constate que le métier attire moins les jeunes. La raréfaction de la ressource, la concurrence de la pêche industrielle, les dangers en mer et les inquiétudes liées à l’exploitation pétrolière et gazière pèsent sur cette activité.
Cette évolution touche aussi la transmission culturelle. Les rites, les connaissances des pêcheurs et les régates risquent de perdre leurs relais si les nouvelles générations ne reprennent pas les activités liées à l’eau. La filiation paternelle détermine notamment le sous-quartier représenté par chaque rameur lors des régates traditionnelles de Guet-Ndar.
Dans son analyse, lesoleil rapporte les alertes d’Abdoul Sow, de Bourry Kâ, de Mamadou Sarr et de Pape Samba Sow sur la nécessité de préserver le fleuve et d’apprendre à vivre avec son environnement naturel. Mamadou Sarr est président de la commission environnement de l’Association des pêcheurs à la ligne de Saint-Louis.
