Reportage : Pouponnière de Mbour – le « vivre ensemble », un combat de tous les jours

Reportage : Pouponnière de Mbour – le « vivre ensemble », un combat de tous les jours

Le nombre d’enfants abandonnés et démunis connait une croissance importante au Sénégal. Souvent oubliées, les pouponnières qui accueillent ces enfants, âgés de quelques jours à 17 ans, environ tirent le diable par la queue pour donner du sourire à leurs « trésors ». Nous avons visité la pouponnière « Vivre Ensemble » de Mbour pour en savoir plus sur l’ambiance dans ces « maisons ». Reportage… 

 

Entre les enfants démunis du Sénégal et Mme Michèle Buron-Millet, c’est une histoire d’amour. La Fondatrice de la Pouponnière d’une des pouponnière les plus connues au Sénégal a accueilli son premier enfant un 14 février 2002. De février 2002 à Novembre 2017, la pouponnière « vivre ensemble » a déjà accueilli 1167 enfants. Actuellement le centre compte en son sein 150 enfants démunis.

 

La pouponnière de Mbour est une structure qui accueille les enfants en difficultés dont les mamans sont décédées ou enfants de famille en difficultés. La durée de séjour dans le centre est de 1 an 6 mois normalement. Après ces 18 mois, l’enfant doit retourner chez lui, s’il reçoit des visites de ses parents si tel n’est pas le cas, la pouponnière fait un rapport pour signaler la situation de l’enfant au niveau du Tribunal de grande instance de Dakar, Thiès … pour qu’il puisse être déclaré abandonner. Si l’enfant est déclaré abandonné l’apparentement peut se faire avec le parent demandeur et s’en suit la procédure d’adoption pour que cet enfant appartienne définitivement à ce dernier.

 

Vendredi 17 novembre 2017 à 9 heures 15 minutes, le début de l’hiver ne laisse aucune chance au soleil. Des cris d’enfants se font entendre. Cris de joies ou de pleurs ? Ce qui est certain, nous sommes dans un lieu en présence d’enfants. Dans la cour du centre moins peuplé, des balançoires sont implantés. Aucun enfant n’est près d’eux. Ces balançoires sont-ils en bon ou mauvais état ? Notre curiosité grandit. Dans cette cour, nous apercevons devant le bureau de la chargée de communication un dessin peint sur un mur : un baobab avec ses fruits -pains de singe-, et une écriture au tronc de cet arbre « VIVRE ENSEMBLE ». Le Baobab est l’emblème du Sénégal et les couleurs (verte, jaune et rouge), celles de son drapeau.

 

Le Coordonnateur du centre, Oumar Gaye, qui nous a reçu dans son bureau nous introduit chez la responsable de la communication, des partenariats et de la recherche de financement, Angélique Jordan. A «vivre ensemble », chacun connait son travail. L’ordre et la discipline font de ce centre, une des pouponnières les plus assistées au Sénégal. Les bureaux de la directrice générale, du comptable, et du coordonnateur et de la chargée de la communication se jouxtent.

 

La pouponnière de Mbour ne vit que des dons. Ensuite il y a un séjour de rupture. Un séjour de rupture, ce sont des jeunes français qui sont présents au Sénégal pour leur rééducation sociale. Pour l’histoire de la pouponnière, raconte Mme Jordan, il y avait des jeunes français qui étaient en conflit avec la loi de leur pays et qui avaient des comportements déplacés. Pour leur rééducation et leur réinsertion sociale, la France avait décidé de leur emmener au Sénégal pour les aider à se corriger. Le séjour de ces jeunes français en conflit avec la loi est de 9 mois si changement est remarqué. Ces jeunes construisent des toilettes pour les populations. Pour récompenser ce geste, Mme Buron-Millet a proposé par la suite l’ouverture de la pouponnière pour aider les nouveau-nés.

 

« On accueille des jeunes français en difficultés. Nous avons un partenariat en France avec l’ASE (l’Aide Sociale à l’Enfance) c’est l’équivalent de l’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) au Sénégal. L’ASE nous donne de l’argent, un tarif journalier pour qu’on puisse accueillir ces jeunes pendant 9 mois où ils sont encadrés par des moniteurs-éducateurs, –éducateurs spécialisés-. On les sort un peu du quotidien dans lequel ils étaient encrés en France, ça peut être de la grosse violence, du deal, de la drogue, de la prostitution… Ce sont des jeunes qui sont en état de détresse, nous les accueillons ici avec une équipe 100% sénégalaise », renchérit la responsable de la communication, des partenariats et de la recherche de financement.

 

Sur ces tarifs journaliers, « Vivre ensemble » récupère 15 à 20 % pour les besoins de la pouponnière. Actuellement cela représente un quart des frais de fonctionnement de la pouponnière. Pour une visite guide auprès des trésors de Buron-Millet qui vivent ensemble à la pouponnière de Mbour, nous sommes bien entre les mains de Mme Ndèye Aida Ngom. Tata Aida comme elle est bien appelée ici. Nous sommes dans un autre compartiment. A l’image des nounous qui surveillent jour et nuit les enfants de cette pouponnière, un jardinier ne manque d’en faire autant pour les fleurs dans la cour de la subdivision abritant les enfants. Ici on vit ensemble et dans un ordre stricte. Ainsi à la pouponnière, des enfants de 0 à 1 an 6 mois environs y séjournent. Aux unités 1 et 2, les mômes âgés entre 1,6 et 3 ans. Aux unités 3 et 4, se retrouvent des enfants âgés entre 3 et 5 ans. La grande enfance est réservée aux enfants dont l’âge est compris entre 6 et 18 ans, et ce sont des talibés retrouvés dans les rues qui y vivent. Ces derniers sont au nombre de 19 dont 12 garçons et 7 filles.

 

A 10h 35 minutes après le petit déjeuner, les enfants de la pouponnière déploient leur gorge avec des cris et chants, eux seuls peuvent déchiffrer ce qu’ils se disent. Voix aiguës et assourdissants, notre entrée dans leur chambre ne les perturbent guère. « Ici, c’est Néo-prime, nous avons des enfants de faible poids, de 0 à 6 mois. Ils sont au total 28 bébés et le plus jeune a 3 jours. Deux d’entre eux sont en isolement car ayant contracté la varicelle », explique Amy Sakho, une nounou qui officie les matinées. A Néo1 (Néo Normal), logent les bébés de 0 à 10 mois. Le plus jeune A. Kandé n’a qu’un mois. Dans la salle, ils sont 26 et 5 sont en isolement pour cause de maladie : la varicelle. Il y a deux pairs de triplés. Une exception dans la salle : deux enfants vivant avec un handicap physique, ils ont trois ans et trois ans six mois. Ils ne peuvent pas intégrer pour le moment les Unités familiales.

 

Dans chacune de ces deux salles, il y a 12 nounous qui s’occupent des enfants dont 5 le matin, 4 l’après-midi et 3 la nuit. Les jeunes filles du séjour de rupture sont également aux côtés de ces mômes. D’une salle à une autre, toujours avec les bénédictions des cris et pleurs, nous visitons la Petite section composée de 22 bébés : de 1 à 1 an 6 mois. Après la petite session, place à la grande session, 1,5 an à 3 ans. Au moment de notre passage, ils sont partis en promenade. Le matin, ils sont dans la salle des jeunes jusqu’à 11 heures. Après la promenade, ils y retournent à 12h30 pour prendre le déjeuner.

 

 

A « vivre ensemble », si un enfant doit être placé dans la pouponnière, la logique voudrait que les parents passent par l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO). L’AEMO) est une structure étatique installée partout au Sénégal. Son rôle est d’aider les enfants en difficultés ou en conflit avec la loi. Elle dépend du ministère de la Justice. Même s’il ne doit pas avoir l’Ordonnance de Garde Provisoire (OGP) à l’instant T, le parent fait une demande de placement d’urgence. « Nous gardons ce papier le temps que l’OGP signée par le juge du tribunal pour enfant. Si le cas est urgent, l’enfant peut intégrer le centre et les responsables de la pouponnière saisissent l’AEMO pour une enquête sociale afin que les papiers soient délivrés. Parce qu’on ne peut pas rejeter l’enfant en situation de danger », nous fait comprendre notre guide, Tata Aida. Elle, qui est sortie de l’Ecole nationale des travailleurs sociaux et spécialistes (ENTSS) en 2012.

 

 

 

 

A « vivre ensemble », nuit et jour, puéricultrices, psychologues, éducateurs et animateurs s’efforcent de donner le sourire à ces enfants privés de leurs parents. Ils sont au total 136 salariés, excepté les bénévoles, à se relayer 24H/24 pour le vivre ensemble des bambins. Le centre a un budget de 433 7000 Euros par an soit 281 950 000 CFA. Ce qui équivaut à un budget mensuel de 23 Millions 500 mille francs CFA. Pour alléger la tâche, le gouvernement sénégalais octroie chaque année une subvention de 10 millions au centre.

 

 

Mme Jordan : « l’Etat sénégalais nous aide depuis l’avènement de Macky Sall à la magistrature suprême. On est assez tributaire des dons. Pour qu’on puisse s’en sortir à l’heure actuelle, il nous manque à peu près 7000 Euros par mois (soit 4,5 millions FCFA). Nous prévoyons l’installation des panneaux solaires pour faire baisser les factures d’électricité et de trouver des parrains et associations pour nous aider ». La pouponnière de Mbour avait un bus qui prenait les enfants mais malheureusement le bus est tombé en panne. Et n’a pas pu être réparé. Conséquence, il a été vendu « malgré nous », se rappelle le chef du service d’accueil, Seydou Sadio. Ce dernier reçoit le personnel le matin pour le pointage, et également les parents des enfants, enregistre leur arrivée et départ.

 

 

Actuellement, ils ont un prestataire qui fait le service pour la rotation du personnel et pour le ramassage des enfants sur leurs lieux d’étude. C’est le seul bus qui fait toutes ces courses. Le personnel faut-il le rappeler, assure la rotation dans ce centre 24H/24.

 

 

Pour assurer l’éducation des enfants, trois écoles ont été ciblées : Zone Sonatel 1, Natangué, et Immaculée conception. C’est l’association « Louly l’école au Sénégal » qui offre la totalité des frais de scolarité à ces enfants. Mais au-delà de tout le centre a deux salles de classes dans le centre : une salle de classe qui accueille les enfants de moins de 3 ans et les tout-petits qui ont des troubles  mentaux et une autre pour les grands qui s’ouvre de 16 heures à 20 heures (répétition au retour de l’école).

 

 

Un dispositif sanitaire impec et pour tous

La santé des enfants de la pouponnière est assurée par une infirmerie située à proximité de Néo prime et Néo 1 et évidemment un dispensaire à l’entrée ouest du centre. Pour éviter le contact avec les bébés, le dispensaire est réservé aux enfants ayant plus de 3 ans –unités et grandes enfances-. A l’infirmerie, quatre (4) infirmiers et 4 bénévoles, des aides-soignants y travaillent. « Ce sont des gens qui ont fini leur formation et je leur ai proposé de venir nous aider, moyennant l’expérience qu’ils peuvent avoir et s’il y a des possibilités de recrutement, ils sont prioritaires », témoigne Salou Diaw, responsable médical.

 

A la pédiatrie de « Vivre ensemble », où s’attèlent jour et nuit Salou Diaw et son équipe, ils rencontrent des infections pulmonaires, les bronchites, les Gastro-entérites -Infection intestinale caractérisée par des diarrhées, des crampes, des nausées, des vomissements et de la fièvre-. Le cas de malnutrition, des maladies dermatologiques, rarement des cas de gale, beaucoup de conjonctivites et des troubles de l’audition sont également diagnostiqués par le service médical. Non sans oublier le paludisme, des malformations et l’infirmité motrice cérébrale (IMC). Cette dernière est présente chez les enfants qui ont souffert lors de l’accouchement.

L’infirmerie travaille avec deux pédiatres et avec certains médecins à Mbour, Thiès, Diamniadio et Dakar. Ainsi travaille-t-elle avec des pharmacies privées et avec un certain Dr Barro. « Nous prenons des médicaments chez eux, deux ou trois mois après la pouponnière paie », reconnaît M. Diaw. Des propos qui démontrent le manque auquel fait face la structure créée par la française Michèle Buron-Millet pour venir en aide aux enfants sénégalais. Quant au dispensaire, construit par l’Ong KASSUMAY Espagne, en un mois, du 1er au 31 octobre 2017, il a enregistré quatre cent quatre-vingt-deux (492) patients. Ces patients sont des habitants de Mbour. Ainsi certains d’entre eux, les plus démunis, reçoivent des médicaments gratuits en plus de la consultation qui est gratuite pour tout le monde. Selon une source du dispensaire, tout le monde ne peut pas recevoir des médicaments gratuitement, « nous faisons de notre mieux pour rendre des comptes fiables aux responsables de l’Ong pour notre crédibilité et celle de la pouponnière ».

 

Les cas de décès

Un enfant qui décède, c’est la famille qui décide si elle va reprendre l’enfant ou l’enterrer à Mbour. Si c’est le dernier cas, le centre fait le nécessaire. « Pour les décès, nous en enregistrons rarement, c’est surtout des enfants gravement malades avant leur intégration dans le centre qui finissent par rendre l’âme » rappelle l’infirmier Salou Diaw.

 

 

Jeanne Ndione, Responsable de la cuisine pour la pouponnière

Pour l’alimentation des enfants, Sept (7) cuisinières sont recrutées. Dans la cuisine où nous avons retrouvé Jeanne Ndione, la maîtresse des lieux entourée de trois (3) de ses collègues, le travail se fait en groupe. Elles sont regroupées autour d’une bassine. C’est la pomme de terre qu’elles épluchent pour préparer la purée. « Le travail n’est pas facile, puisque tout se fait manuellement », dit Jeanne qui explique d’ailleurs que les biberons, plus d’une centaine, sont stérilisés après chaque lavage.

 

 

Dans une autre salle, nous avons retrouvé Chantal, bénévole française. Elle trie le linge et les classe par âge. Des dizaines de centaines d’habits sont rangés dans cette salle. Ils sont pour des enfants qui rentrent chez eux, Chantal et deux autres de ces collègues préparent des colis pour eux. Les habitants démunis en profitent également. C’est le cas d’une mère de jumeaux accueillie par l’assistante sociale. La jeune maman en besoin sollicite le nécessaire pour faire face à ses nouveau-nés. Quelques minutes après, Chantal est arrivée avec deux colis remplis d’habits, lait, couches et autres matériels de premières nécessités. Comme quoi à la pouponnière « Vivre ensemble », ils vivent ensemble.

 

 

Bruno Gaston Demba, éducateur-moniteur à la grande enfance.

A la pouponnière, on va à l’école, on apprend un métier mais aussi on se divertit. Pour les besoins du divertissement, de conseils et orientations, ou écoute, le centre a recruté 4 éducateurs-moniteurs. Cependant, un (1) des leurs a été remercié, par manque de moyens, il y a tout juste deux mois. Ces éducateurs-moniteurs à la grande enfance assument le rôle de parents à ces bambins. L’éducateur-moniteur Bruno Gaston Demba présent aux côtés des enfants depuis 2008 à l’ouverture de la grande enfance se rappelle également des rixes entre les enfants : « la dernière bagarre date du 8 novembre. Elle a démarré du 7 heures et a pris fin à 11 heures par un enfant qui ne jouit pas de toutes ses facultés mentales. J’ai reçu un coup de pierre à la jambe ». Comme quoi le travail n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

 

 

 

Des témoignages poignants: « J’ai retrouvé le chemin du salut »

« Je suis là depuis 2014, mon père et ma maman sont décédés, j’étais chez mes parents à Kédougou. Après leur décès, on m’a emmené ici. Je me sens bien. Je compte retourner chez moi à Kédougou une fois grand, après les études », soutient Ibrahima Kandé. Un autre enfant, Ahmed, apprenti mécanicien, âgé de 15 ans, ne regrette pas du tout sa présence dans le centre. « J’ai retrouvé le chemin du salut », se glorifie cet ancien talibé mendiant.

A « Vivre ensemble », la culture du vivre ensemble n’est pas une simple écriture. Elle est appliquée à la lettre au grand bonheur de ces enfants, qui retrouve le sourire familial grâce à ce centre.

Reportage réalisé par Ankou Sodjago 

3 COMMENTAIRES
  • AUDIT

    Faut un audit de cette structure….ya des tas de choses pas du tt catholiques qui s y passent …….

  • Thomas BASMA

    Bonjour, comment va SADIBOU ?

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