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Réflexion sur l’entretien d’Ousmane Sonko avec RFI : Le temps de la responsabilité (Par Boubacar SY)

 

L’entretien accordé par Ousmane Sonko à RFI, face à Marc Perelman, mérite d’être lu au-delà des petites phrases et des réflexes partisans qu’il suscitera inévitablement. Parce qu’il révèle peut-être une évolution plus profonde : celle du passage du temps de la conquête au temps de l’exercice du pouvoir.

D’emblée, j’ai été frappé par l’aisance avec laquelle le président de l’Assemblée nationale a abordé les questions institutionnelles. Ses réponses sur les rapports entre l’Exécutif et le Législatif traduisaient une compréhension assumée des équilibres constitutionnels.

Le Président de la République dispose de prérogatives que la Constitution lui reconnaît. Il les exercera. Pleinement !L’Assemblée nationale, elle aussi, a une mission que nul ne saurait lui contester : voter la loi, contrôler l’action gouvernementale, assurer le suivi et l’évaluation des politiques publiques.

À cet égard, il était rassurant d’entendre Ousmane Sonko rappeler que le Parlement n’exercera pas son contrôle par complaisance. C’est d’ailleurs ce qu’exige la Constitution. Je sais bien qu’on aime le rappeler. Mais il faut aussi avoir l’honnêteté de reconnaître qu’en pratique, nos majorités parlementaires ; celle ci plus que les autres, ont souvent fonctionné comme des chambres d’enregistrement ou des caisses de résonance de l’Exécutif ou d’un homme.

Le débat sur le mandat impératif et la discipline partisane mérite donc d’être posé sans faux-semblants. L’indépendance du député est un principe. La réalité politique est parfois tout autre. C’est pourquoi il faudra juger cette majorité non à l’aune des déclarations d’intention mais à l’épreuve des faits et de sa capacité réelle à exercer un contrôle exigeant, y compris à l’égard de ceux dont elle partage l’orientation politique.

C’est d’ailleurs sur la question de la censure que la maturité politique s’est, à mon sens, le mieux exprimée. Alors même que le Pastef dispose d’une majorité écrasante, il a écarté toute logique de démonstration de force. Le Gouvernement doit pouvoir prendre ses marques, agir et être évalué sur ses résultats. Cela ne signifie nullement un blanc-seing. Cela signifie simplement que la responsabilité commande la retenue.

Je dis constamment ceci : la situation actuelle du Sénégal exige davantage de sens de l’État que d’instinct partisan. Les crises institutionnelles ont toujours un coût. Et ce coût est supporté, non par les responsables politiques eux-mêmes, mais par les citoyens.

J’ai également retenu ses propos sur la place du Président de la République au sein de son parti politique. Une fois élu, le chef de l’État cesse d’être le seul candidat d’un parti. Il devient le Président de tous les Sénégalais. Cela étant, il serait tout aussi naïf de penser qu’il peut gouverner sans relais politiques. Le chef de l’État a besoin d’une majorité, d’une coalition et d’un appareil politique capables de porter son action, d’expliquer ses choix et d’assurer la stabilité de l’action publique.

C’est une réalité de toutes les démocraties. Reconnaître cette nécessité ne revient pas à nier que sa légitimité dépasse désormais les frontières de sa formation politique. Cela signifie simplement qu’il faut distinguer la fonction présidentielle, qui appartient à la Nation tout entière, des soutiens politiques dont tout pouvoir a besoin pour gouverner efficacement.

Sur la tenue des élections à date échue, l’exigence formulée mérite également d’être saluée. La transparence électorale ne peut être une revendication circonstancielle. Elle doit être un principe constant, valable pour tous, quels que soient les rapports de force du moment. Ce qui est exigé aujourd’hui devait l’être hier et devra l’être demain.

Enfin, cette séquence renvoie également aux débats récents sur une éventuelle révision constitutionnelle. Il me semble que les députés doivent, eux aussi, connaître aussi bien la lettre que l’esprit de l’article 103 de la Constitution, dont nous avons déjà eu l’occasion de faire l’exégèse.

En l’état du droit positif, le Président de la République apparaît comme un acteur incontournable du processus de révision. En définitive, c’est à lui qu’il revient d’enclencher ou non certains mécanismes prévus par la Constitution. On ne peut donc pas faire dire au texte ce qu’il ne dit pas ni laisser croire que la seule volonté d’une majorité parlementaire suffirait à produire des effets que la Constitution ne lui permet pas de produire.

Il est d’ailleurs regrettable de voir certains députés se focaliser sur des initiatives dont l’issue juridique paraît incertaine, voire impossible en l’état, alors que les attentes des Sénégalais portent d’abord sur des réponses concrètes aux difficultés économiques et sociales. La responsabilité politique consiste aussi à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à concentrer l’énergie institutionnelle là où elle est véritablement attendue.

Sur la question des perspectives politiques, il est évident que l’horizon de 2029 structure déjà une partie du débat public, même si les principaux acteurs appellent à la prudence sur ce calendrier. Sans entrer dans des projections prématurées, il apparaît que les trajectoires politiques futures constituent un arrière-plan permanent des rapports institutionnels actuels, influençant implicitement les lectures et les positionnements dans l’espace public.

Ousmane Sonko n’a pas perdu ce qui a longtemps fait sa singularité : une parole directe, parfois tranchante, peu encline à la langue de bois. Mais, au fil de cet entretien, j’ai également perçu autre chose : une conscience plus aiguë des contraintes de l’État, des équilibres institutionnels et des responsabilités qu’impose l’exercice du pouvoir.

Peut-être est-ce cela, finalement, la véritable épreuve du pouvoir : comprendre que la force d’une majorité ne réside pas dans sa capacité à imposer sa volonté à tout instant, mais dans son aptitude à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation sur les réflexes de camp.

Les hommes passent. Les institutions demeurent. Et ce sont toujours les Sénégalais qui vivent les conséquences de nos grandeurs comme de nos égarements.

Boubacar Mohamed Racine SY

Juriste – Écrivain

Analyste politique 

ALSAR

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Un commentaire

  1. MÊME UN PETIT ENTRETIEN DE 15 MN QUE SONKHO FAIT AVEC 2 JOURNALISTES ON ECRIT DES LIVRES DES TEXTES DES ANALYSES. LA TERRE TREMBLE…TOUT MONDE EN PARLE…VRAIMENT C RIDICULE.

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