Plutôt qu’une guerre de leadership, le paramètre idéologique précis soulevé par Mamadou Kabirou Gano pour distinguer les deux têtes de l’exécutif

L’analyse des relations au sein du couple exécutif dépasse le simple cadre des humeurs ou des ambitions personnelles. Invité ce dimanche de l’émission Objection sur Sud FM, Mamadou Kabirou Gano, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), a livré une lecture académique des rapports entre le président de la République et son Premier ministre. Pour l’universitaire, la grille de lecture psychologique ne suffit pas à expliquer la dynamique actuelle au sommet de l’État.

Selon notre source, Sud Quotidien, l’invité a tenu à écarter d’emblée la thèse des querelles d’ego ou des problèmes de leadership qui alimentent régulièrement les conversations. Mamadou Kabirou Gano estime que les dissonances perçues relèvent d’une fracture plus profonde, de nature strictement idéologique. « Ils ne sont certainement pas porteurs des mêmes idées politiques ni des mêmes idéaux », a-t-il précisé, soulignant que chacun des deux hommes poursuit une « visée politique » distincte.

Dans son décryptage, le maître de conférences au département de philosophie de la FASTEF identifie une répartition des rôles qui ne serait pas concertée, mais subie par des visions divergentes. D’un côté, le président Bassirou Diomaye Faye incarnerait une forme de classicisme institutionnel. Pour M. Gano, le chef de l’État s’inscrit dans la « tradition politique sénégalaise », celle d’une démocratie formelle où le mandat consiste à gérer le pouvoir jusqu’à la prochaine échéance électorale, dans une logique de continuité.

À l’opposé de cette approche, le Premier ministre Ousmane Sonko se situerait dans une posture de rupture radicale. L’universitaire note que le chef du gouvernement reste davantage connecté au « discours initialement porté par le Pastef », adoptant ainsi une ligne idéologique plus tranchée et plus assumée que celle du Palais. Cette dichotomie crée, selon l’analyse rapportée, une césure au sein même de l’exécutif.

Mamadou Kabirou Gano a élargi son observation à l’ensemble de l’appareil politique au pouvoir. Au-delà du tandem de tête, c’est tout le parti Pastef qui, selon lui, donnerait l’impression de naviguer dans une forme de « bricolage idéologique » depuis l’accession aux responsabilités, cherchant son équilibre entre ces deux pôles de gouvernance.

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