Pape Fall appelle à considérer l’accord conclu le 1er septembre 2026 entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) comme un outil de transformation économique, plutôt que comme une simple enveloppe financière. Évalué à environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, le programme au titre de la Facilité élargie de crédit représente près de 1 243 milliards de francs CFA.
Ce montant ne correspond pas à un versement immédiat dans les caisses publiques. Les décaissements restent liés au respect des engagements pris par les autorités et aux revues périodiques du programme. Le président Bassirou Diomaye Faye a salué cet accord tout en exigeant des résultats du gouvernement, signe que le financement sera jugé autant sur ses effets concrets que sur son volume.
Dans son analyse, Pape Fall estime que l’accord Sénégal-FMI peut surtout contribuer à rétablir la crédibilité financière du pays après les tensions liées à la dette et aux finances publiques (Xibaaru). Il évoque également la possibilité de mobiliser d’autres financements internationaux, de faciliter la gestion de la dette et de consolider la stabilité budgétaire.
Le compromis marque un tournant pour un pouvoir arrivé au sommet de l’État sur une promesse de souveraineté économique. En août 2025, Ousmane Sonko déclarait que « le Sénégal n’a pas besoin du FMI ». Un an plus tard, Bassirou Diomaye Faye et le ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba assument un programme négocié avec l’institution. Pour Ndiamé Sakho, cet accord met fin à une période dominée par les slogans et ramène les autorités à l’épreuve des résultats.
Le cadre négocié impose plusieurs exigences aux autorités sénégalaises. Il prévoit notamment de réduire les fragilités budgétaires, d’améliorer les recettes publiques, de contenir les dépenses et de renforcer la gestion de la dette ainsi que celle des entreprises publiques.
Pour Pape Fall, ces orientations entraîneront des arbitrages difficiles. L’augmentation des recettes, la maîtrise des dépenses, la transparence et le suivi de la dette pourraient avoir des effets directs sur les ménages et les entreprises. Il appelle ainsi à conduire l’assainissement des finances publiques avec « intelligence et justice sociale ».
Sortir d’une dépendance à l’endettement
La production pétrolière, qui a fortement contribué à la croissance économique en 2025, ouvre une nouvelle perspective pour le Sénégal. Pape Fall estime cependant que le pays doit mesurer sa capacité à continuer de progresser en dehors des hydrocarbures.
Cette exigence s’inscrit dans l’ambition portée par Bassirou Diomaye Faye à travers la Vision 2050, déclinée dans la Stratégie nationale de développement. Le difficile équilibre consiste désormais à préserver cette trajectoire de souveraineté économique tout en respectant l’orthodoxie budgétaire du FMI. Les discussions engagées en mai 2026, lors du sommet Africa Forward, avaient déjà placé cette tension au cœur des échanges avec l’institution.
Il préconise une stratégie fondée sur les investissements productifs, l’industrie, l’emploi, les exportations et l’élargissement des recettes fiscales. Selon lui, les revenus du pétrole et du gaz doivent servir à bâtir une économie capable de réduire progressivement le recours à l’endettement, plutôt qu’à financer durablement les dépenses et de nouveaux emprunts.
L’économiste distingue les crédits utilisés pour honorer des échéances ou refinancer d’anciens engagements de ceux qui peuvent créer de la richesse. Les financements destinés aux infrastructures productives, à l’agriculture, à l’industrie, à l’énergie, à la transformation locale, aux PME et PMI, à la logistique ou à la formation professionnelle peuvent, selon son analyse, générer de la valeur et de futures recettes.
Le secteur privé devrait également occuper une place centrale dans cette transformation. Pape Fall cite les BTP, l’agriculture et l’agro-industrie, la transformation alimentaire, l’énergie solaire, la logistique, l’industrie manufacturière, les matériaux de construction, le tourisme, le numérique, les PME et PMI ainsi que les exportations vers la CEDEAO et le reste de l’Afrique.
La transparence au cœur du suivi
Pape Fall estime que les citoyens doivent connaître le niveau réel de la dette, l’identité des créanciers, les échéances de remboursement, les engagements hors bilan et les garanties accordées aux entreprises publiques.
Il demande aussi des informations précises sur les arriérés envers les entreprises, l’utilisation des financements obtenus, les revenus issus du pétrole et du gaz, leur affectation ainsi que les grands contrats publics.
Il avertit enfin qu’une baisse brutale des dépenses publiques, une éventuelle hausse de la pression fiscale ou une augmentation du coût de la vie ne doivent pas faire peser l’essentiel de l’ajustement sur les ménages modestes.
« L’État doit créer les conditions. Le secteur privé doit produire, investir, embaucher et exporter », estime Pape Fall.
