Le journaliste Ousmane Ndiaye a présenté vendredi à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) son essai « L’Afrique contre la démocratie : mythes, déni et péril », paru en juin 2025 aux éditions Riveneuve. Dans cet ouvrage, il plaide pour une démocratie en Afrique fondée sur les réalités sociales, les pratiques citoyennes et les contre-pouvoirs, rejetant les modèles institutionnels importés.
« L’un des principaux écueils des expériences démocratiques africaines réside dans la volonté de construire la démocratie par le haut, à travers les constitutions, les lois et les institutions, alors que celle-ci doit d’abord s’enraciner dans les pratiques sociales », a-t-il analysé. Selon lui, il n’existe pas de modèle démocratique universel transposable aux sociétés africaines.
Cette vision fait écho aux récentes interventions d’autres intellectuels du continent. Fin juin 2026, lors des troisièmes Assises de la Démocratie à Dakar, le penseur Achille Mbembe plaidait pour « nourrir, cultiver, redistribuer les compétences démocratiques », insistant sur le fait qu’elles ne naissent pas spontanément. Un mois plus tôt, Ebrima Sall, directeur exécutif de Trust Africa, appelait à une refondation des modèles de gouvernance « à partir des réalités africaines ».
Ousmane Ndiaye relativise également le rôle des élections, souvent présentées comme l’alpha et l’oméga de la démocratie. « L’élection est une forme, c’est un outil qui traduit, qui mesure la démocratie », explique-t-il, soulignant que sa qualité dépend des conditions politiques et institutionnelles. Pour lui, une démocratie solide repose avant tout sur des contre-pouvoirs efficaces : une justice indépendante, des médias libres et une société civile active.
L’auteur s’attaque aussi à l’héritage colonial. Il estime que la colonisation a imposé un système politique fondé sur la négation de la citoyenneté, effaçant des formes antérieures d’organisation sociale et politique. « Nous n’avons pas défait l’État antidémocratique dont nous avons hérité de la période coloniale », a-t-il soutenu, pointant une continuité dans certaines pratiques institutionnelles contemporaines.
Il met en garde contre un « occidentalocentrisme à rebours » dans certains discours panafricanistes qui, à force de critiquer l’Occident, continuent de le placer au centre de l’analyse. Il invite à « partir de l’Afrique pour essayer de comprendre l’Afrique ».
Ousmane Ndiaye refuse par ailleurs d’opposer démocratie et développement. « La démocratie n’est pas une fin en soi. C’est un moyen », rappelle-t-il, plaidant pour une approche élargie incluant l’égalité d’accès à la santé, à l’éducation et à la culture. Les inégalités économiques et sociales sont, à ses yeux, des problèmes démocratiques à part entière.
Enfin, il récuse l’idée que les régimes militaires seraient plus efficaces ou moins corrompus que les pouvoirs civils. Pour lui, la priorité est de construire des institutions garantissant le contrôle du pouvoir et l’égalité des droits. L’ouvrage « L’Afrique contre la démocratie » est disponible aux éditions Riveneuve depuis juin 2025, a rapporté l’APS.
