Doudou Dia, Gorée Institute: « Tant que les besoins primaires ne sont pas satisfaits, l’Afrique restera dans l’instabilité »

La conférence régionale de haut niveau sur le thème « Repenser la démocratie en contexte d’instabilité : stratégies pour une gouvernance endogène et inclusive en Afrique de l’Ouest et au Sahel » s’est ouverte ce lundi à Dakar pour deux jours de réflexions et d’échanges, jusqu’au 17 février. Organisée par le Gorée Institute, la rencontre réunit des décideurs politiques, des experts, des acteurs de la société civile et des universitaires autour des défis démocratiques et de gouvernance auxquels fait face la région. À cette occasion, Doudou Dia, directeur exécutif du Gorée Institute, a livré une analyse sans concession sur les causes profondes de l’instabilité politique en Afrique.

Selon lui, le cœur du problème réside moins dans la démocratie en tant que modèle que dans la manière dont ses principes sont appliqués. « Je ne dirais pas de façon sommaire que la démocratie ne marche pas. Il faut plutôt interroger ses principes », a-t-il souligné au micro de Senego, rappelant que paix, liberté et justice sociale sont des valeurs universelles auxquelles aspirent les peuples africains.

Le peuple, véritable actionnaire de la démocratie

Pour Doudou Dia, la question centrale demeure celle de la redevabilité et de la justice sociale. Il insiste sur le fait que « l’acteur principal, l’actionnaire principal, demeure le peuple », seul détenteur de la légitimité démocratique à travers le vote.
Les dirigeants élus, rappelle-t-il, ont l’obligation de rester proches des citoyens et de répondre à leurs besoins fondamentaux : justice sociale, conditions économiques décentes et accès aux services sociaux de base.

« Tant que l’Afrique n’a pas résolu ces besoins primaires, nous resterons dans ce cycle infernal qu’on appelle l’instabilité », avertit-il, établissant un lien direct entre frustrations sociales, crise de confiance et instabilité politique.

Libertés restreintes et institutions fragilisées

Doudou Dia observe également une dérive préoccupante des principes démocratiques, marquée par la restriction des libertés, la réduction de l’espace civique et une soif croissante de justice au sein des populations.
« Nos institutions sont fragilisées », note-t-il, estimant qu’il est urgent de les reconstruire de manière à ce que les citoyens puissent s’y reconnaître.

Ces institutions, selon lui, doivent être au service de la lutte contre les inégalités, qu’elles concernent les rapports entre gouvernants et gouvernés ou les discriminations touchant les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap.

Pour une gouvernance inclusive et co-construite

Le directeur exécutif du Gorée Institute plaide pour une gouvernance inclusive, où aucune catégorie sociale n’est laissée en marge. Il met particulièrement l’accent sur la frustration de la jeunesse, souvent tenue à l’écart des processus décisionnels.
« Les jeunes ne demandent pas seulement à être informés, ils demandent à être impliqués », insiste-t-il au micro de Senego.

Pour éviter tensions et conflits, il appelle à faire des citoyens de véritables co-constructeurs des politiques publiques, dénonçant des décisions trop souvent élaborées dans des cercles fermés, parfois éloignés des réalités locales.

Une Afrique actrice de son propre destin

Enfin, face aux convoitises des grandes puissances, Doudou Dia exhorte les Africains à croire en leurs capacités. « L’Afrique doit être le protagoniste de son propre devenir », affirme-t-il, plaidant pour une pensée endogène, ouverte au monde mais fondée sur les priorités africaines.

Dans un monde d’interactions permanentes, l’Afrique, selon lui, doit renforcer sa voix et peser davantage sur la scène internationale, sans renoncer à ses valeurs ni à ses aspirations profondes.

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