Ubuntu est un terme bantou, issu des langues sud-africaines, qui signifie humanisme. Mais pas seulement. En effet, ce concept est un appel au respect de l’autre, à l’acceptation de ses différences et à le considérer comme un frère, quelles que soient ses origines. Ce terme a été utilisé par Nelson Mandela et Desmond Tutu pour appeler les Sud-Africains à se réconcilier, à dépasser leurs différences et à s’unir dans la fraternité. C’est aussi un appel au pardon.
Voir en l’autre ce qu’il a de plus cher et de plus profond, comme un trésor. Pour résumer, Ubuntu demande de croire en l’humain, en sa bonté, mais aussi à l’existence de l’autre pour son propre bien-être : « Parce que tu es, je suis. » De là, on note une interdépendance entre les hommes et la beauté de vivre ensemble d’une seule voix. Cela demande donc le respect de l’autre, de sa différence, mais aussi la reconnaissance du fait que l’on ne peut exister seul dans son coin. Ce qui fait appel à la communauté.
Il faut s’intégrer dans sa communauté tout en respectant celle des autres. Croire à l’idée selon laquelle on a besoin des autres, peu importe son appartenance. Ainsi naît l’idée du partage et des valeurs communes. Car, quelles que soient ses origines ethniques, religieuses ou raciales, il existe des valeurs universelles. Il est donc essentiel de s’attarder sur ces valeurs pour avancer main dans la main.
Malgré le choc des civilisations tant évoqué par Samuel Huntington, les êtres humains ont toujours quelque chose qui les lie et qui peut leur permettre d’avancer ensemble. L’Ubuntu en est la preuve. Il existe des valeurs universelles que l’on retrouve dans chaque peuple, aussi lointain soit-il. Ainsi, si l’on se base sur l’Ubuntu, il ne peut y avoir de choc de civilisation, de haine, de complexe de supériorité ni d’infériorité.
Il permet de rassembler les peuples, les individus et toutes les personnes en conflit avec d’autres. Cela a permis d’apaiser les cœurs des Sud-Africains après l’apartheid, durant le processus de réconciliation.
Rappelons que la racine du mot Ubuntu est présente dans beaucoup de langues des pays situés en Afrique australe. Elle possède la même connotation, pour ne pas dire la même signification. Dans tous les cas, le concept reste le même : l’humanisme et la fraternité. L’autre est un miroir qui peut permettre de se voir, d’avancer dans la vie et de vivre en harmonie. Ainsi, l’homme est un être humain par et pour les autres.
Jean-Paul Sartre disait : « L’enfer, c’est les autres. » L’Ubuntu prend le contre-pied de cette citation et fait de l’autre un être dont on a besoin pour son bonheur. L’autre est un égal avec qui l’on peut construire une société, voire un État, où chacun a son mot à dire, car chaque voix compte. Tout le monde sera écouté.
Un proverbe zoulou dit que l’homme devient humain grâce aux autres. Un proverbe wolof dit que l’autre est comme un remède pour son prochain.
Desmond Tutu disait : « Quelqu’un d’ubuntu est ouvert et disponible pour les autres (…) car il ou elle possède sa propre estime de soi, qui vient de la connaissance qu’il ou elle a d’appartenir à quelque chose de plus grand. Il se sent diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés. »
De là, l’Ubuntu peut être utilisé pour rassembler les Africains en conflit avec leurs propres frères. Cette notion doit être inculquée dès le bas âge aux enfants africains.
Tout cela pour dire que nous avons, en Afrique, des techniques et des outils qui peuvent permettre de résoudre et d’éviter les conflits. Il suffit simplement de comprendre l’Ubuntu.
Mandela disait : « Respect, serviabilité, partage, communauté, générosité, confiance, désintéressement. Un mot peut avoir tant de significations. C’est tout cela, l’esprit d’ubuntu ! » Et c’est de cela que l’Afrique a besoin pour résoudre les conflits ethniques, civils, et, somme toute, tous les conflits qui déchirent le continent noir.
Obama affirmait lors de son discours à l’occasion du décès de Nelson Mandela : « Enfin, Mandela a compris les liens qui unissent les esprits des hommes. Il y a un mot en Afrique du Sud – Ubuntu – qui décrit sa plus grande contribution : il a reconnu le fait que nous sommes tous liés les uns aux autres d’une façon que l’œil ne peut pas voir ; il y a une unité pour l’humanité ; c’est en partageant avec les autres et en nous occupant de ceux qui nous entourent que nous nous réalisons. »
De là, cette notion apparaît comme une voie essentielle pour une Afrique forte et debout, capable d’affronter l’avenir, notamment en résolvant les conflits qui la hantent depuis toujours.
Mame Famew Camara, journaliste, Romancière

Ubuntu n’a de sens que si les dirigeants sud-africains servaient de la meilleure façon possible leurs populations qui se détourneraient alors aujourd’hui de ces attitudes xénophobes causées par la malgouvernance de leurs propres dirigeants ; la pauvreté et la misère sont le lit de la xénophobie