En mars 2026, un rapport du think tank Legs Africa a révélé un constat amer : la reconstruction de l’école Khary Mbengue à Saint-Louis, un chantier de 450 millions de francs CFA, est passée sous le nez des prestataires locaux. Ce projet, comme d’autres liés à l’exploitation gazière, illustre les ratés du contenu local, un dispositif censé réserver une part des retombées aux entreprises et à la main-d’œuvre nationales.
C’est dans ce climat tendu que l’administration douanière a lancé, jeudi à Diamniadio, la première édition du salon Africa Oil-Gas Expo (AFOGEX). Pendant deux jours, gouvernance, cadre juridique et impact socioéconomique du pétrole et du gaz sont au cœur des discussions. Le thème retenu, « Découvertes pétrolières et gazières au Sénégal : opportunités et défis », a surtout été l’occasion de marteler un message : sans contenu local, la manne énergétique risque de devenir une malédiction.
Ibrahima Sène, président du comité d’organisation, n’a pas mâché ses mots. « Notre pays entre dans une nouvelle ère énergétique. Et s’il fallait décliner notre ambition en deux mots seulement, nous parlerions du contenu local », a-t-il déclaré, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS). Pour lui, ce mécanisme est bien plus qu’une mesure légale : « C’est un moteur de souveraineté économique. Il va permettre aux entreprises sénégalaises, aux jeunes, aux ingénieurs et aux entrepreneurs de prendre activement part à l’exploitation des hydrocarbures. »
L’argument a été repris par Mamadou Sarr, conseiller technique du ministre de l’Industrie et du Commerce, qui a défendu une vision ambitieuse : « Notre ambition est claire : faire émerger une industrie sénégalaise forte, autour des ressources pétrolières et gazières. » Une ambition qui fait écho à l’article 25 de la Constitution, souvent rappelé par les défenseurs du contenu local, selon lequel les ressources naturelles appartiennent au peuple sénégalais.
Mais au-delà des discours, la Direction générale des douanes entend passer aux actes. Elle profite de ce salon pour tisser des partenariats solides, avec l’espoir de transformer le sous-secteur des hydrocarbures en « véritable moteur de développement », a insisté Ibrahima Sène. Amadou Woury Diallo, représentant du ministre de l’Énergie et du Pétrole, a listé les secteurs où les entreprises locales peuvent se positionner : ingénierie, construction, logistique, maintenance, assurance ou finances. « Nous devons continuer à investir dans la formation, le transfert de technologies et le développement des compétences nationales », a-t-il ajouté.
L’enjeu dépasse la simple répartition des marchés. Mamadou Sarr a prévenu contre le piège d’une économie de rente : « Notre responsabilité collective est d’éviter la malédiction des ressources. Le pétrole et le gaz ne doivent pas créer une économie de rente, mais une économie productive, innovante et créatrice d’emplois. » Le salon se tient jusqu’à ce vendredi au Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio.
