France-Kenya : 800 soldats arrivés avant un sommet marqué par un nouveau discours de partenariat

Au sommet Africa Forward ouvert lundi au Kenya, la France présente une nouvelle approche avec les pays africains, un virage que Europeaninterest situe au moment même où Paris retire l’essentiel de sa présence militaire d’Afrique de l’Ouest. Le contraste est net: recul dans une partie du continent, recherche d’un nouveau point d’appui dans une Afrique anglophone.

Que cherche Paris à Nairobi ?

Ce rendez-vous de deux jours, coorganisé par la France, sert à défendre une politique axée sur la coopération avec des pays africains anglophones. Paris parle d’un « partenariat entre égaux ».

Le sommet marque aussi la première démarche française de ce type avec un pays africain anglophone. Plus de 30 chefs d’État et de gouvernement sont attendus, avec aussi des représentants de pays francophones.

Pourquoi ce changement de cap intervient-il maintenant ?

Pendant des années, la France a mené une politique dite de Françafrique, qui soutenait son influence économique, politique et militaire dans ses anciennes colonies. Cela passait notamment par le déploiement de milliers de soldats dans la région.

Mais après de fortes critiques venues de dirigeants et de groupes d’opposition, qui dénonçaient une approche jugée condescendante et brutale, la France a été contrainte de retirer la majeure partie de sa présence militaire.

Quel rôle joue le Kenya dans cette nouvelle séquence ?

Un récent accord de défense entre Nairobi et Paris illustre la direction que la France veut suivre. Alors que plusieurs pays africains, surtout au Sahel, cherchent à réduire ou expulser les présences militaires étrangères pour reprendre leur souveraineté, le Kenya accueille au contraire une présence militaire internationale croissante.

L’accord de coopération en matière de défense entre le Kenya et la France a été signé le 29 octobre 2025 par la ministre kényane de la Défense Soipan Tuya et l’ambassadeur de France au Kenya Arnaud Suquet. Il a ensuite été ratifié par le Parlement le 8 avril 2026.

Pourquoi cet accord suscite-t-il des réserves ?

Des organisations de la société civile estiment qu’il accorde des protections juridiques trop larges aux soldats français au regard du droit local. Le sujet est d’autant plus sensible qu’un précédent accord avec le Royaume-Uni a été associé à des poursuites compliquées dans des affaires impliquant des citoyens kényans.

Environ un mois avant le sommet, quelque 800 soldats français sont arrivés au Kenya à bord d’un navire militaire. Le texte accorde aux forces françaises en visite la compétence principale pour les infractions commises en service.

Que répondent les autorités kényanes ?

Le président de la commission parlementaire de la Défense, Nelson Koech, affirme que les traités conclus avec des partenaires militaires avancés apportent des formations utiles et du partage de renseignement. Il soutient aussi que ces accords ne représentent pas une « reddition de souveraineté ».

Il ajoute que de nouvelles dispositions prévoient que les militaires étrangers répondront devant les tribunaux kényans pour des crimes graves, comme le meurtre. Le dossier reste observé de près en raison des précédents liés à l’affaire Agnes Wanjiru en 2012 et à l’incendie du ranch Lolldaiga en 2021.

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