Et si le retard de l’Afrique était d’ordre culturel ? (Mame Famew Camara)

Jamais l’Afrique n’a été aussi riche en ressources naturelles et humaines qu’aujourd’hui. Pourtant, le continent peine à se relever. Cette contradiction interroge : pourquoi cette abondance ne se traduit-elle pas par une prospérité durable ?

Karl Marx, dans ses carnets ethnologiques, avait déjà noté que les sociétés ne suivent pas toutes un chemin unique vers le progrès. L’Afrique, avec sa culture foisonnante, semble parfois prisonnière de ses propres habitudes. La culture africaine est une force, mais elle peut aussi devenir un obstacle.

Au Sénégal, on dit souvent que « le Sénégalais n’innove pas, il copie ». Le mimétisme devient une norme sociale : on regarde ce que fait le voisin et on le reproduit. L’ancien président français Nicolas Sarkozy avait affirmé que « l’Africain est dans la répétition », une phrase qui avait suscité l’indignation. Pourtant, force est de constater que la répétition est bien présente dans nos pratiques quotidiennes.

Prenons l’exemple des inondations dans la banlieue dakaroise : chaque gouvernement promet une solution, mais le problème revient chaque année. Une promesse répétée devient une habitude, et une habitude répétée finit par devenir une culture. Comme le souligne Achille Mbembe dans De la postcolonie, la répétition des comportements politiques et sociaux peut engendrer une stagnation collective.

À ces freins s’ajoute une autre dimension culturelle, trop souvent passée sous silence : la jalousie et les conflits entre frères et sœurs, entre proches, entre pairs. Dans de nombreuses sociétés africaines, la réussite individuelle est parfois perçue comme une menace pour le groupe. Celui qui réussit est suspecté, jalousé, combattu. Cette rivalité fratricide, héritée de logiques anciennes, fragilise la solidarité et empêche l’émergence d’élites capables de tirer le collectif vers le haut.

Au lieu de célébrer l’unicité et la créativité de chacun, on entretient une culture de la suspicion et de la rivalité. Résultat : les talents s’épuisent dans des guerres intestines, et l’énergie qui devrait être consacrée à l’innovation est détournée vers la défense contre la jalousie.

La solution ne réside pas seulement dans l’économie ou la politique, mais dans l’éducation. Dès la petite enfance, il faut inculquer à l’enfant la foi en lui-même, en ses dons et en ses capacités uniques. Chaque enfant est porteur d’une singularité qui peut devenir une force créatrice.

Léopold Sédar Senghor insistait déjà sur la nécessité de « créer et non copier ». Cheikh Anta Diop, de son côté, appelait à puiser dans les traditions scientifiques africaines pour bâtir un avenir autonome.

Il est temps de rompre avec la logique de la répétition et de la jalousie. Les politiques publiques doivent encourager l’innovation, valoriser l’unicité et instaurer des solutions durables. L’Afrique ne manque pas de talents, mais elle doit apprendre à transformer ses habitudes en moteurs de créativité.

Comme le disait Senghor, « l’avenir de l’Afrique sera ce que nous aurons su inventer ».

Mame Famew Camara, journaliste et romancière.

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2 commentaires

  1. Excellent article. Le problème de l’Afrique il suffit juste de le transposer à l’échelle familiale et on a la réponse à la question de notre immobilisme. C’est culturel

  2. En Casamance j’ai eu ami devenu très aisé après nos études ensemble en France à qui son père a formellement interdit de refaire les cases de la maison familiale en chaumes. Par peur des représailles mystiques des voisins et parents…morale de l’histoire restons égaux dans la pauvreté et l’ignorance. L’innovation n’en parlons pas. Pourtant en Casamance j’ai croisé des étrangers ou français qui ont construit des domaines paradisiaques et ça passe…dès lirs qu’il s’agit des autres

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