Alors que l’épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo frappe la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda, avec plus de 650 cas confirmés et 129 décès au 11 juin 2026, le Dr Moussa Sarr, médecin épidémiologiste et consultant d’Africa CDC, dresse un bilan nuancé de la situation. Selon lui, l’Afrique est aujourd’hui bien mieux préparée qu’en 2014, mais doit composer avec une variante du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.
Des capacités renforcées depuis 2014
Le Dr Sarr souligne que le continent a beaucoup investi dans la surveillance, les laboratoires et les équipes d’intervention après la crise de 2014-2016. « Les États africains sont beaucoup mieux préparés qu’avant », déclare-t-il, citant notamment l’amélioration des capacités de détection précoce et de séquençage génomique. L’engagement communautaire a également progressé, avec des relais entre le système sanitaire et les populations, ce qui favorise l’adhésion aux mesures de contrôle.
La pharmacopée africaine, une piste thérapeutique
Face à l’absence de vaccin pour le Bundibugyo, le Dr Sarr insiste sur le potentiel des médicaments traditionnels africains, encore sous-exploités. Il participe actuellement à un atelier organisé par l’Union africaine et Africa CDC au Kenya, visant à accélérer le développement de vaccins et de traitements contre les maladies virales émergentes, dont Ebola et le Mpox, en mobilisant les produits naturels africains. L’objectif est de créer un pont entre les savoirs traditionnels et la communauté scientifique, à l’image de ce qui se fait en Chine avec la pharmacopée traditionnelle intégrée dans les protocoles hospitaliers. Un article scientifique sur ces travaux est en préparation pour Nature Medicine, comme l’a rapporté Agenceecofin.
Pour le Dr Sarr, sans vaccin, la riposte repose essentiellement sur la surveillance, le diagnostic précoce et la confiance des communautés. Il rappelle que la détection rapide permet d’identifier les personnes infectées et de limiter la propagation, mais que le déni et la peur persistent dans certaines zones, comme à Mongbwalu en RDC, où des habitants réclament des vaccins sans savoir qu’ils n’existent pas pour cette souche.

