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Du rôle de la musique dans l’émancipation des noirs en Amérique et dans les Caraïbes (Par Ibra Fall)

«Tu joues comme BB King » aurait on dit à Ali Farka Touré. « Oui, il joue comme moi » aurait répondu le bluesman du Mandé

Ce 21 juin, c’est la fête de la musique. Des concerts sont organisés dans plusieurs villes et villages des cinq continents. Ceux qui nous ont offert les plus belles sonorités de l’histoire de la musique ont réalisé ce miracle dans des conditions extrêmement difficiles, marquées par l’esclavage puis par la ségrégation raciale, et leurs cortèges de malheurs. Ces sonorités de rêves, autre miracle, puisent leur sources, principalement, dans la sève de leur terre d’origine

La rythmique du morceau intitulé Sound System, du groupe Steel Pulse, me rappelle une sonorité musicale que j’ai entendue en visitant la Casamance. Les anecdotes sont nombreuses, qui m’ont amené à penser que les esclaves noirs d’Amérique et des Caraïbes ont légué à leurs descendants qui ont su le préserver, un pan important du patrimoine culturel et spirituel africain avec entre autres, les rythmes, les croyances, et les rites comme le Vaudou ou la Santeria.

De leur côté, les africains se sont appropriés les musiques noires d’Amérique et des Caraïbes, nonobstant pour la plupart, leur méconnaissance de l’anglais, de l’espagnol, et du créole. Ma mémoire me restitue sans effort les accueils populaires que les sénégalais ont réservés en 1973 au Godfather of Soul, Mister dynamite, le Soûl brother number One James Brown, et un an plus tard au groupe Jackson Five. Les stars américaines se bousculaient devant le promoteur pour lui dire : « Mister Johnny Secka, nous voulons tous aller en Afrique, pourquoi prenez vous Jackson Five » En 1966, le président Leopold Sédar Senghor avait accueilli avec chaleur un invité de marque du premier Festival Mondial des Arts Nègres, une grande figure du Jazz, le saxophoniste américain Duke Ellington. Soul to Soul avait rassemblé en 1971 au Ghana des artistes et des groupes américains de renommée. Voices of East Harlem, Wilson Pickett, Carlos Santana and Willie Bobo, Ike and Tina Turner, Staple Singers, Roberta Flack, Eddie Harris & Les McCann, étaient manifestement heureux de communier avec leurs frères sur le sol africain. La côte d’Ivoire et la Gambie organisent régulièrement des festivals de reggae animés par des orchestres Jamaïcains et africains

La musique des noirs aux États Unis, exprimait généralement un mal vivre, et célébrait l’amour. Elle s’est installée dans les temples et les églises comme si la communauté noire voulait inviter le Seigneur à prendre parti dans ce combat pour son émancipation. L’Ancien testament, leur en a donné l’espoir avec le Livre de l’Exode qui fait le récit de l’émancipation du peuple hébreu. Ainsi naquirent dans les lieux de culte, le Gospel Song et son ancêtre le Negro spirituals (18ème et 19eme siècle) qui ont alimenté le Blues (fin 19ème siècle), le Rythm and Blues, la Soul Music et le moins connu Zydecko de la Louisiane (20ème siècle).

Le Blues et le Gospel Songs nous ont donné des perles rares comme Bessie Smith, Mahalia Jackson, Mamie Smith, BB King, Muddy Waters, Jimmy Reed, Bo Diddley, Mavis Staple, sister Rosetta Tharpe, et Billie Holliday. La Soul music et le Rythm and Blues ont marqué notre génération, avec ses monstres: Ray Charles, Curtis Mayfield, Michaël Jackson, Wilson Pickett, Stevie Wonder, Sam and Dave, Temptation, Otis Redding, James Brown, Clarence Carter, Bobbie Womack, Junior Walker, Mungo Jerry, Tyron Davis, Sammy Davis Jr, John Lee Hooker, Solomon Burke, Joe Tex, Arthur Conley, Marvin Gaye, Swamp Dogg, Isac Ice, Sam and Dave, Percy Sledge, Rufus Thomas, la Lady Soûl Aretha Franklin, Etta James, les reines du Disco Diana Ross et Donna Summer. Ils sont produits par de grands labels comme Decca, Stax records, Atlantic records, et Tamla Motown de l’immense Berry Gordy.
Le Jazz inondait les rues, puis, emplissait les salles de spectacle du son de ses saxophones et de ses trompettes de l’Occident, mêlé au rythme des tambours d’Afrique (batteries). Les leaders s’appelaient Louis Armstrong alias Satchmo, Count Basie, Quincy Jones, Ella Fitgerarld, Lionel Hampton, Dizzie Gillepsie, Miles Davis, Grover Washington Jr, Theolomus Monk, Duke Ellington, Nat King Cole, Sammy Davis Jr, Billie Holliday, Nina Simone, Sarah Vaughan.

Le rock and Roll, fruit de la rencontre du Blues et de la Country music, a connu ses lettres de noblesse avec Chuck Berry, Little Richard, Fats Domino, à côté d’artistes blancs comme Bill Halley, Budy Holley, Elvis Presley ou le Killer Jerry Lee Levis. Il a donné naissance au Hard Rock pratiqué aujourd’hui par les blancs, plus que par les noirs. La majeure partie des musiciens de hard rock sont inspirés par le phénoménal Afro-amérindien Jimi Hendrix, le King Chuck Berry, et les textes du maitre Bob Dylan.
Dans les îles Caraïbes, le Son de Cuba et Porto Rico, de même que le Zouk, sans être l’apanage des seuls noirs, ont été fortement influencés par les rythmes venus d’Afrique, tandis que le Raggae des jamaïcains, tout en gardant sa dimension et son inspiration spirituelles, a affiché jusqu’à une époque récente, une volonté nette de quitter Babylon, et de retrouver Zion la terre promise, à travers un retour vers l’Afrique. Le chanteur Vaughn Benjamin du groupe de reggae Midnite en concert au stade Iba Mar Diop disait: « Mama Africa, ton fils te salue après 400 ans d’absence ». Auparavant, Bob Marley avait clamé haut et fort: « Exodus: We know where we’re going; we know where we’re from. We’re leaving Babylon, we’re going to our fatherland». En écho, Shasha Marley chantait: «Lost and Found: Oh Jah, am going back home to Ghana, my motherland Ghana, the gateway to Africa. Cos am freezing here in Chicago, am freezing here in Toronto. Whilst there is sunshine up high in my country yeah yeah».

Les jamaïcains ont été fortement influencés par le discours, l’engagement, et l’oeuvre de Marcus Mosiah Garvey. Appelé Black Moses par les jamaïcains, et reconnu par certains comme étant le précurseur du Panafricanisme, Marcus Garvey était convaincu que les Afro-Américains ne pourraient retrouver leur dignité et s’épanouir qu’en retournant vivre en Afrique. Il a voulu les unifier et organiser leur « rapatriement » en Afrique, particulièrement au Liberia. Il a également tenté de transformer les anciennes colonies de l’Allemagne défaite en 1918 en un État indépendant. Marcus Garvey à parcouru l’Amérique latine pour constater les conditions de vie de ses frères. Il a séjourné en Europe et aux États-Unis. Partout, il a participé à des mouvements de défense des peuples opprimées, prêté sa plume à des organes presse engagés, et créé ses propres journaux. Il fonda l’Association Universelle pour l’Amélioration de la Condition Noire (United Negro Improvement Association), UNIA, dont la devise ,« Un Dieu , Un But , Une Destinée » (One God, One aim, One destiny), est devenue celle du mouvement Rastafari. Il a créé en 1919 la Black Star Line, une importante compagnie maritime qui desservait les Antilles, les États-Unis, et avait pour but de relier l’Amérique à l’Afrique, au profit de son projet de rapatriement des noirs. Le financement de sa flotte a été rendue possible grâce à une souscription massive des Afro-Américains devenus actionnaires de la Black Star Line. Ses initiatives, et ses investissements ont bénéficié du soutien d’environ 300 000 sympathisants.

Autre grande figure du Panafricanisme, William Edward Burghardt Du Bois est un intellectuel brillant et engagé. W. E. B. Du Bois a soutenu les peuples africains en lutte contre le colonialisme et l’impérialisme, principalement dans l’organisation des congrès panafricains qui réclamaient l’indépendance des colonies; sans compter le combat héroïque qu’il a mené pour l’émancipation des noirs particulièrement dans le Sud raciste des Etats Unis ! D’autres personnalités du monde noir ont mené le combat et joué leur rôle à l’instar de Malcolm X, de Rosa Parks, ou des Black Panthers, avec la charismatique Angela Davis. Harlem, ce fameux quartier noir du Ghetto de New York est devenu le principal foyer de la culture afro-américaine et l’un des centres de la lutte pour l’égalité des droits civiques. L’église a également produit des figures emblématiques, des afro-américains, militants de mouvements des droits civique pour la paix et contre la pauvreté: Le Pasteur Martin Luther King principalement, et le Révérend Jesse Jackson par exemple.

Adolescent, j’ai été fasciné par la beauté et la puissance de la musique produite par ces peuples noirs d’Amérique et des Caraïbes. Plus tard, j’ai été foudroyé, en apprenant leur dramatique histoire. Je comprends enfin que la puissance de cette musique qui domine le monde puise sa sève dans la souffrance et la foi. Cette puissance s’est manifestée dans le sport avec les athlètes noirs américains auréolés de gloire, et trônant sur les podiums du monde. Elle s’est également manifestée à travers ces brésiliens qui ont longtemps dominé le football mondial, après avoir créé une danse célèbre, la samba, ainsi qu’une discipline sportive de renommée, la Capoeira. J’ai été également sidéré, quand j’ai découvert que les Européens qui nous ont toujours donné des leçons de morale, se sont installés en Amérique, ont anéanti le véritable peuple américain, et prélevé en Afrique près de deux millions d’êtres humains utilisés comme esclaves travaillant dans les plantations, avec un traitement inhumain.

Dans cette Amérique bizarre, trois personnalités blanches ont retenu mon attention, et gagné ma sympathie: le président Abraham Lincoln, le président John Fitzgerald Kennedy, et la superstar Bob Dylan. Le premier a aboli l’esclavage après avoir remporté la guerre de sécession face au Général Lee, le porte étendard du Sud raciste. Le second a apporté son soutien au mouvement afro-américain des droits civiques, en plus de son action en faveur de l’intégration des minorités dans la société américaine, et sa volonté de supprimer la ségrégation raciale.Quant à Bob Dylan, il a sauvé un noir américain Rubin Carter, condamné à mort pour un crime commis par un blanc, en composant la fameuse chanson intitulée Hurricane, et en organisant une tournée de concerts qui lui a permis de récolter les fonds et les soutiens nécessaires, pour réouvrir le procès.

Je suis d’avis que l’Afrique indépendante ne devait pas se contenter d’apprécier la musique de nos frères d’outre atlantique. N’a t’elle pas raté l’occasion de tendre la main à sa Diaspora et de créer les conditions d’une collaboration qui aurait été bénéfique, et aurait certainement modifié le cours de l’histoire, même si certains de nos frères ont semblé nous reprocher de les avoir vendus ? En attendant, Gorée ne désemplit pas de visiteurs de la diaspora venus faire le pèlerinage et découvrir la terre d’origine de leurs ancêtres, tandis que près de 5000 afro américains dont Rita Marley se sont définitivement installés au Ghana.

Ibra Fall 
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