Droits fonciers au Sénégal face au pourcentage infime de productrices détenant un titre de propriété

Le Réseau national des femmes rurales du Sénégal a organisé, mercredi 22 avril 2026 à Dakar, une rencontre axée sur l’agroécologie et l’accès à la terre. Lors de ce panel tenu au Musée des Civilisations Noires, chercheuses, juristes, élues locales et paysannes ont examiné les défis liés à la sécurisation foncière et aux répercussions de l’exploitation minière sur les activités agricoles féminines.

Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, bien que les femmes assurent plus de 70 % de la production vivrière au niveau national, leur accès au foncier demeure marginal. Une étude de l’Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR) datant de 2025, présentée par Khadiatou Ndiaye, chercheuse à l’Université Cheikh Anta Diop, indique que seules 12 % des femmes rurales ont accès à la terre. Parmi elles, la proportion disposant d’un titre de propriété officiel s’établit à 2,7 %. Cette précarité est accentuée par des contraintes environnementales comme la salinisation et la sécheresse, couplées à des pratiques coutumières discriminatoires.

Seynabou Diouf, juriste à l’Association nationale pour l’économie foncière, a rappelé l’existence de dispositifs institutionnels en faveur des productrices. Elle a mentionné le Projet de Cadastre et de Sécurisation Foncière (PROCASEF), dont l’objectif est de réserver 30 % des affectations foncières aux femmes, ainsi qu’un arrêté ministériel de 2018 favorisant l’accès aux financements et aux équipements. Toutefois, la juriste a souligné la nécessité de déconstruire les représentations culturelles qui assimilent les femmes à des membres mobiles de la famille en raison du mariage ou du veuvage, les excluant de fait du patrimoine foncier familial.

L’impact de l’exploitation minière sur l’agriculture locale a également été abordé. Ndèye Mbaye, conseillère municipale à Darou Khoudouss, a témoigné du recul des zones de maraîchage face à l’avancée des installations minières. Elle a fait état d’une pollution des ressources hydriques et de l’apparition de maladies respiratoires au sein des communautés. En réponse à ces dégradations, les participantes ont réclamé la sanctuarisation des espaces dédiés au maraîchage.

Sur le plan de la protection sociale, le sociologue Baba Sy a plaidé pour la mise en place de mutuelles de santé et de fonds de solidarité pour pallier l’absence de couverture médicale des agricultrices. La rencontre s’est achevée par un appel adressé à l’État et aux collectivités locales pour généraliser les commissions foncières paritaires dans les communes et intégrer systématiquement les femmes dans les instances de décision agricoles.

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