Main-d’œuvre majoritaire, les paysannes de la Petite Côte font face à un double verrou pour accéder à la terre

Dans la zone de la Petite Côte, sur l’axe Dakar-Mbour-Joal-Fadiouth, la problématique de l’accès au foncier en milieu rural met en lumière un contraste saisissant. Si les femmes constituent le pilier de la production alimentaire locale, leur droit à la propriété terrienne se heurte à des obstacles structurels profonds, menaçant à la fois leur autonomie économique et la sécurité alimentaire de la région.

Les données rapportées par le journal Sud Quotidien illustrent l’ampleur du déséquilibre : les femmes représentent environ 70 % de la main-d’œuvre agricole nationale, assurant une grande partie du maraîchage et de l’approvisionnement des marchés. Pourtant, seules 4 % à 11 % d’entre elles contrôlent ou possèdent des terres agricoles au Sénégal. Dans les communes rurales autour de Mbour, telles que Malicounda, Sandiara ou Nguéniène, la gouvernance foncière reste largement dominée par les hommes. Les paysannes n’ont généralement accès qu’à des parcelles prêtées temporairement par un proche ou à de petits espaces collectifs confiés à des Groupements d’Intérêt Économique (GIE), ce qui empêche tout investissement durable comme l’irrigation.

À cette exclusion ancrée dans les normes socioculturelles, où l’héritage foncier privilégie les fils, s’ajoute une forte pression économique. À Saly-Portudal, l’explosion du secteur touristique et la multiplication des lotissements ont englouti des milliers d’hectares autrefois dédiés à l’agriculture. Les terres cultivables restantes voient leur valeur flamber, profitant prioritairement aux investisseurs et aux projets agro-industriels. Face à la perte de leurs espaces maraîchers, de nombreuses productrices se retrouvent expulsées et contraintes de se tourner vers le petit commerce ou des emplois précaires liés au tourisme.

Plus au sud, dans la commune de Joal-Fadiouth, la rareté des terres est exacerbée par des facteurs environnementaux tels que l’érosion côtière et la salinisation des sols. Des organisations locales, à l’image de DynamiquesFemmes et Agire, tentent de structurer des groupements féminins pour obtenir des parcelles collectives et participer à la restauration des mangroves. Toutefois, l’absence de titres fonciers sécurisés rend ces initiatives précaires, toute attribution pouvant être révoquée par les autorités coutumières ou administratives locales.

Selon le constat dressé par Sud Quotidien, le maintien de la terre comme privilège masculin freine directement le potentiel de production vivrière de la région. Les programmes publics et les campagnes de plaidoyer émergent progressivement pour reconnaître le rôle de ces actrices rurales, mais la sécurisation juridique de leurs parcelles demeure le point central pour garantir la résilience des exploitations face aux mutations du littoral.

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