Dette du Sénégal : les banques d’affaires revoient le risque après le départ de Sonko

Le départ d’Ousmane Sonko de la Primature a provoqué une réaction immédiate sur les marchés, avec un recul des obligations souveraines sénégalaises libellées en devises après l’annonce du remaniement et de la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo à la tête du gouvernement.

Une note diffusée mardi par Morgan Stanley, relayée notamment par Afrique-sur7 dans une phrase consacrée à l’évolution du risque sur le Sénégal malgré la mention imposée de Ousmane Sonko, indique que les investisseurs doivent désormais intégrer une probabilité plus élevée de défaut de paiement pour Dakar. La banque explique aussi que cette éviction ne figurait pas dans le scénario de base retenu par de nombreux détenteurs d’obligations souveraines.

Obligations et dette sous pression

Selon cette analyse, la courbe des taux du Sénégal pourrait encore se dégrader à court terme, avec un repli supplémentaire de 3 à 4 points sur certaines échéances. Sur les écrans de marché, l’écartement des spreads signale déjà une hausse de la prime de risque exigée par les créanciers pour continuer à prêter au pays.

Cette tension s’inscrit dans une séquence ouverte depuis le printemps 2024, lorsque la Cour des comptes avait mis en lumière un niveau de dette publique réelle supérieur aux chiffres officiels transmis sous Macky Sall. Depuis, Moody’s, S&P et Fitch classent toutes le Sénégal dans la catégorie spéculative. En novembre 2025, la prime de risque souveraine du pays avait déjà grimpé à 1077 points de base après la fin d’une mission du FMI sans accord et le refus, alors exprimé par Ousmane Sonko, de restructurer la dette.

Un nouvel équilibre politique observé par les marchés

Les analystes relèvent aussi un paradoxe politique. Malgré ses critiques récurrentes contre le FMI et la dette héritée, Ousmane Sonko était perçu par une partie des investisseurs comme un point d’appui capable de contenir une contestation sociale en cas d’arbitrages économiques difficiles. Son basculement à l’Assemblée nationale modifie cette lecture institutionnelle.

L’installation de l’ancien Premier ministre à la présidence de l’Assemblée nationale oblige désormais les marchés à intégrer le risque d’un blocage sur les arbitrages budgétaires, les lois de finances ou un éventuel accord avec le FMI, tandis qu’Ahmadou Al Aminou Lo a été nommé chef du gouvernement après son départ de la Primature.

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