Limogeage de Sonko : la réaction des marchés que le camp présidentiel n’attendait pas

C’est une réaction venue de Londres et de Wall Street. Dans une note publiée ce mardi 26 mai, la banque d’investissement américaine Morgan Stanley constate que le limogeage d’Ousmane Sonko a pris de court les investisseurs internationaux et fait chuter les obligations sénégalaises. La banque confirme un fait que les partisans de l’ancien Premier ministre ne manqueront pas de relever : aux yeux des marchés, Sonko était considéré comme le principal rempart contre une restructuration de la dette.

Une décision « hors des scénarios » des investisseurs

L’information est rapportée par l’agence Reuters depuis Londres. Selon une note de recherche de Morgan Stanley publiée ce mardi 26 mai, les investisseurs internationaux devraient désormais intégrer une probabilité plus élevée de défaut de paiement de la dette du Sénégal, à la suite du limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko le vendredi 22 mai.

« Nos échanges avec nos clients suggèrent que cette décision ne faisait pas partie des scénarios de base des investisseurs », écrit la banque américaine, citée par Reuters. Autrement dit, le départ de Sonko a surpris les marchés financiers, qui ne l’avaient pas anticipé. Dans la foulée de cette note, les obligations sénégalaises ont enregistré une forte baisse sur les marchés internationaux.

Ce que Morgan Stanley dit de Sonko : un rempart contre la restructuration

L’élément le plus notable de la note concerne la lecture que les marchés faisaient du rôle d’Ousmane Sonko. La banque rappelle que l’ancien Premier ministre était « depuis longtemps considéré comme opposé à une restructuration de la dette ».

C’est un point que les partisans de Sonko ne manqueront pas de souligner : alors que ses adversaires lui reprochaient une ligne jugée trop rigide, Morgan Stanley confirme que cette fermeté était précisément ce qui rassurait une partie des investisseurs. Tant que Sonko était à la Primature, le scénario d’une restructuration — c’est-à-dire d’une renégociation pouvant entraîner des pertes pour les créanciers — paraissait écarté. Son départ, et son remplacement lundi par l’ancien responsable de la Banque centrale Ahmadou Al Aminou Lo, rebat les cartes aux yeux des marchés.

Une inquiétude partagée par d’autres investisseurs

Morgan Stanley n’est pas la seule voix du monde financier à réagir. Citée par Reuters, Thalia Petousis, gestionnaire de portefeuille chez Allan Gray, estime que « le départ du Premier ministre Sonko crée une incertitude politique supplémentaire ». Elle ajoute qu’« il est également possible qu’un nouveau Premier ministre soit favorable à une restructuration profonde de la dette, augmentant ainsi la probabilité d’une issue défavorable pour les détenteurs d’obligations sénégalaises ».

Le poids politique de l’ancien Premier ministre se mesure aussi à cette aune : le fait que sa seule sortie du gouvernement provoque une réaction immédiate des marchés internationaux, au point de mobiliser des notes d’analystes de premier plan, témoigne de la place centrale qu’il occupait dans la perception qu’avaient du Sénégal les investisseurs étrangers.

L’autre lecture : un blocage levé ?

Toute la lecture financière n’est cependant pas défavorable au limogeage. Plusieurs analystes avancent une interprétation inverse : le départ d’un Premier ministre ouvertement critique du FMI pourrait, au contraire, débloquer des négociations au point mort.

Selon Reuters, l’éviction de Sonko « pourrait lever un obstacle à un accord avec le FMI ». Ousmane Sonko avait en effet toujours assumé une position de défiance vis-à-vis de l’institution de Bretton Woods. « Le programme avec certains bailleurs multilatéraux, notamment le FMI, a été suspendu. Depuis un an, aucun décaissement n’a été fait au profit du Sénégal. Mais le Sénégal est encore debout », déclarait-il il y a plus d’un an, ajoutant : « Je pense que nous donnons au Fonds monétaire international une importance qu’il n’a pas. J’ai l’impression qu’il tente de nous étouffer. »

Dans cette logique, certains observateurs estiment que la recomposition gouvernementale offre une fenêtre pour accélérer les réformes attendues par les marchés. Devant l’Assemblée nationale, le ministre des Finances Cheikh Diba a indiqué que les discussions avec le FMI évoluaient favorablement, avec de nouvelles séances de travail prévues à partir de la semaine du 8 juin, et l’espoir d’un accord sur les points clés d’ici le 30 juin.

Un coût immédiat, un bénéfice encore hypothétique

Mais cette perspective d’embellie reste, à ce stade, conditionnelle. Aucune institution, aucun économiste identifié ne « prédit » de redressement automatique : les sources financières emploient systématiquement le conditionnel — le départ de Sonko « pourrait » accélérer les choses, la question « reste ouverte ».

C’est là tout le contraste de la situation. D’un côté, la sanction des marchés est immédiate, mesurable, déjà tombée : obligations en baisse, risque de défaut revu à la hausse. De l’autre, l’amélioration espérée n’est qu’une hypothèse, suspendue à la capacité du nouveau gouvernement à conclure rapidement avec le FMI et à stabiliser un climat politique encore très incertain. Reuters note d’ailleurs que les calendriers précédemment annoncés par le gouvernement pour un accord avec le FMI « se sont révélés trop optimistes ».

Autrement dit, le départ d’Ousmane Sonko a un coût économique tangible et constaté, quand son bénéfice supposé demeure une promesse à confirmer.

Le contexte : une crise de la dette au cœur de la rupture

La réaction des marchés s’inscrit dans un contexte économique déjà tendu. Depuis 2024, les autorités sénégalaises affirment avoir découvert une dette publique dissimulée par le régime précédent, ce qui a entraîné la suspension d’un programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars. La dette publique est aujourd’hui présentée à 132 % du PIB par le Fonds monétaire international.

C’est précisément sur la gestion de cette dette que portait l’une des divergences de fond au sommet de l’État. Le président Bassirou Diomaye Faye souhaite engager des discussions avec le FMI en vue d’un nouveau programme, tandis qu’Ousmane Sonko défendait une approche dite souverainiste, fondée sur la mobilisation des ressources internes à travers le Plan de redressement économique et social. Le choix du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, économiste rompu aux négociations avec les bailleurs internationaux, est interprété comme un signal de la volonté présidentielle de renouer le dialogue avec le FMI et les marchés.

Une équation à plusieurs inconnues

La note de Morgan Stanley ne préjuge pas de l’avenir : elle constate une hausse du risque perçu, pas un défaut acté. La trajectoire des prochaines semaines dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à rassurer à la fois les créanciers et les Sénégalais.

Mais pour les partisans d’Ousmane Sonko, le message des marchés a valeur de symbole : le départ de leur leader n’est pas passé inaperçu, y compris dans les salles de marché de Londres et de New York — et ses premiers effets, eux, sont déjà visibles.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

2 commentaires

  1. Diomaye, voila et bonjour les degats. Si vous continuez a accorder votre oreille aux opportunistes, politiciens professionnels, ils vont vous enterrer vivant.

  2. Masithiou est nul en économie et en politique. Tout ce qui l’intéresse, c’est des béni oui oui qui le caresse au sens du poil. Il a égo formidable, la marche du pays est le cadet de ses soucis

Laisser un commentaire