« Qui va payer la facture de la dette cachée du Sénégal » : c’est l’enjeu central attribué au déplacement de Bassirou Diomaye Faye à Washington, au-delà de la recherche de financements. La révélation de cette dette par Ousmane Sonko a immédiatement dégradé la perception du pays par les marchés et nourri les tensions politiques : lors de la session budgétaire, la dette divise davantage qu’elle ne rassemble au Parlement.
Après une huitième mission du Fonds monétaire international depuis l’élection présidentielle, les services du FMI et le Sénégal ont conclu, le 1er septembre, un accord technique portant sur 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS. Ce montant représente 475 % de la quote-part du pays auprès de l’institution. Le dossier doit encore être examiné par la direction du FMI, puis par son Conseil d’administration.
La dette publique totale a été réévaluée à 132 % du PIB à la fin de 2024, contre 74,4 % initialement déclarés pour 2023. Cette révision intègre des engagements non recensés estimés entre 7 et 11 milliards de dollars. Le déficit budgétaire a également été corrigé, passant de 4,9 % à 12,3 % du PIB.
Dans cette configuration, la stratégie consiste à traiter la dette extérieure, évaluée à 81,2 % du PIB fin 2024, soit 16 160,5 milliards de FCFA. Elle comprend 49 % de dette commerciale et 18,3 % d’eurobonds. Le marché régional en francs CFA doit, lui, être préservé afin de protéger les épargnants et les investisseurs de l’UEMOA, selon l’analyse publiée par Rewmi.
Le programme du FMI doit être versé sur trois ans. Il reste inférieur aux besoins de financement du budget 2026, estimés à 6 075 milliards de FCFA. L’accord apparaît ainsi comme un levier de crédibilité, alors que la dette cachée a déjà renchéri l’incertitude financière et compliqué la recherche de ressources, et non comme une réponse suffisante à l’ensemble des besoins de l’État.
Cette contrainte explique la portée de la tournée du 14 au 17 septembre, premier grand voyage officiel de Bassirou Diomaye Faye hors d’Afrique. Les étapes américaines des 14 et 15 septembre visent notamment le financement multilatéral et la restauration de la crédibilité financière du Sénégal. Abu Dhabi, les 16 et 17 septembre, répond davantage à la recherche de capitaux souverains et de partenariats économiques, dans un contexte de forte baisse des investissements directs étrangers. L’objectif est aussi de diversifier les alliances plutôt que de dépendre d’un seul canal de financement.
À Washington, des échanges ont notamment eu lieu avec la Chambre de commerce américaine, Motorola Solutions, Kosmos Energy, le Corporate Council on Africa et la Banque mondiale. Le groupe Cybastion a annoncé un investissement de 300 millions de dollars consacré à la digitalisation et à la cybersécurité.
Trois points doivent être suivis : l’inscription effective du dossier à l’ordre du jour du Conseil d’administration du FMI, la concrétisation de l’investissement annoncé par Cybastion et la cohérence durable entre les exigences de transparence du Fonds et les partenariats noués à Abu Dhabi.
Le président Bassirou Diomaye Faye a rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, le 15 septembre.
