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Décès de Iba Der : Adama Gaye témoigne sur sa “générosité, au delà de l’intellectuel”

Ma part d’Iba Der
Quiconque a pu commercer avec lui a de lui quelque chose qu’il en garde, surtout au moment où il quitte cette terre.
Puits de science, comme l’avait surnommé autant avec causticité qu’affection un autre grand Kaolackois, feu le talentueux Mame Less Dia, Iba Der était un érudit reconnu de tous, mais d’abord un homme d’une grande générosité.
C’est en juillet 1985 que nos chemins se croisent dans l’hôtel où je loge à Sofia (Bulgarie), à l’occasion de l’assemblée générale de l’UNESCO. En plein débat sur le Nouvel ordre mondial de l’information. Washington, sous Reagan, venait de claquer la porte de l’institution. La Grande Bretagne Thatcherienne se préparait a en faire de même. Punir ces Africains qui, en pleine guerre froide, voulaient remettre en question le primat idéologique de l’Occident, tel était l’enjeu.
Alors qu’il m’aperçoit dans le lobby du Moskva Park Hôtel, en compagnie d’une amie, présente aussi à cette conférence, Iba, flanqué de son épouse d’alors, Adji Kane, s’enthousiasme de me reconnaître. Tout le temps que nous sommes restés à Sofia, Iba Der n’a jamais résisté à l’envie d’être avec la communauté sénégalaise participant à l’assemblée générale. Mieux, en notre compagnie, il s’est rendu sur le campus universitaire local pour partager avec les étudiants Sénégalais leur menu et vécu.
Ce lien que j’ai tissé avec lui deviendra une grande amitié entre nous deux.
Elle me permit de mesurer dans les cénacles de l’Unesco la grande rigueur, la profondeur, d’un homme parti de rien, ancien instituteur, devenu agrégé, et qui dominait de sa pugnacité les travaux du conseil exécutif de l’organisation. Ayant eu le privilège de l’y voir croiser le fer avec des sommités mondiales, je peux témoigner qu’il restera l’une des grandes figures des débats épiques au sein de la maison sise Place Fontenoy à Paris.
En tout, Iba dégageait sa générosité. Au delà de l’intellectuel, c’est l’être social qui m’a encore plus marqué.
Même lors des repas auxquels il m’invitait en marge des travaux de l’UNESCO, je ne pouvais m’empêcher de constater ses commandes excessives d’eau et de nourriture pour s’assurer que ses hôtes allaient le quitter rassasiés.
Il aimait aussi encourager les talents, surtout intellectuels, quitte à vous jeter tellement de fleurs que vous n’aviez d’autres choix que d’exceller.
“Iba Dafa Kheur”, disait, le concernant, un autre grand sénégalais, feu le sociologue Pape Syr Diagne.
Il ajoutait une anecdote pour étayer son argumentaire. “Quiconque est né entre 1944 et 1947 est un héros pour lui tellement il est consumé par sa passion pour la tuerie coloniale de Thiaroye”.
Certes, au plan politique, je n’ai pas partagé ses choix ni ses alliances, mais au moment où il a fini, selon le mot de Shakespeare, sa part dans la grande pièce humaine, je voudrais saluer la mémoire d’un homme dont la résilience intellectuelle mérite d’être proposée à une jeunesse africaine en perte de repères et de leaders.
Salut, l’ami. Que Dieu, le tout puissant t’accueille dans son plus Céleste paradis.

Adama Gaye, Le Caire 1er novembre 2020

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