Des millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre ni à des services d’assainissement adaptés, malgré les engagements pris à l’échelle régionale et internationale. À Dakar, un forum des ONG consacré à l’eau et à l’assainissement s’est ouvert pour trois jours dans le cadre de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
La cérémonie d’ouverture a été présidée, au nom du ministre de la Justice, par Julien Ngagne Ndour, directeur des Droits humains au ministère. Comme l’écrit EnQuête+, il a estimé que la responsabilité première de la réalisation du droit à l’eau revient aux États : planifier, investir, réguler, protéger les ressources et veiller à la qualité ainsi qu’à l’accessibilité des services.
Le responsable a décrit les difficultés rencontrées par des familles qui consacrent une part importante de leurs revenus à l’achat d’eau, ainsi que par des communautés contraintes de parcourir de longues distances. Il a aussi évoqué les maladies liées à l’eau contaminée et le poids de la collecte pour les femmes et les filles, qui peut empiéter sur l’école et le travail.
Cette urgence met également sous pression les échéances internationales. L’ONU avait fixé à 2030 l’objectif d’un accès universel à l’eau et à l’assainissement, mais son Rapport 2025 constate que la trajectoire s’éloigne dangereusement de cette promesse. La réunion de haut niveau organisée à Dakar les 26 et 27 janvier 2026 avec les Émirats arabes unis s’inscrit dans ce contexte : les décideurs sont contraints de revoir leurs calculs à mesure que l’échéance approche.
L'actualité du Sénégal dans votre poche
Téléchargez l'app gratuite et suivez l'info en temps réel.
Lisez Senego sans publicité.
Senego vit grâce à ses lecteurs, pas grâce aux annonceurs. Abonnez-vous : plus aucune publicité, sur le site comme sur l'application.
Julien Ngagne Ndour a également lié la continuité des politiques de l’eau à la stabilité des institutions. Selon lui, l’instabilité politique, les crises institutionnelles et les changements anticonstitutionnels de gouvernement peuvent fragiliser les administrations, interrompre les investissements et compromettre l’action publique. Il a ajouté que les conflits armés détruisent des infrastructures hydrauliques et sanitaires et compliquent l’accès à l’eau pour les populations déplacées.
Il a toutefois souligné que la crise a plusieurs causes : investissements insuffisants, urbanisation rapide, croissance démographique, pollution, infrastructures fragilisées par le changement climatique et difficultés de gouvernance. Sécheresses, inondations et dégradation des écosystèmes exercent aussi une pression sur les ressources et affectent la santé, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance.
Le directeur des Droits humains a cité les concertations nationales sur l’eau et l’assainissement organisées au Sénégal en 2024. Elles visaient à associer les acteurs, dont la société civile, à la définition d’une nouvelle politique fondée sur la gouvernance, la transparence, la redevabilité et l’équité.
Lors du forum des ONG sur l’eau, John Gbenagnon, directeur de la Stratégie et du Développement global du Réseau des femmes leaders pour le développement, a déclaré que l’Union africaine avait retenu l’eau et l’assainissement comme thème pour 2026. Il a avancé que les femmes et les filles consacrent environ 250 millions d’heures par jour à la collecte de l’eau. Il a également rappelé que l’article 15 du Protocole de Maputo engage les États à garantir aux femmes l’accès à l’eau potable.




