Le Conseil d’administration d’AfricaRice a tenu sa 60e session ordinaire à la station régionale du Sahel, à Boudiouck, dans la vallée du fleuve Sénégal. Cette rencontre stratégique vise à réorienter les programmes de recherche et à consolider la gouvernance financière face à la dépendance alimentaire du continent, a constaté ndarinfo.
L’Afrique importe 40% de son riz
Le directeur général d’AfricaRice, Dr Baboucar Mané, a donné l’alerte : « En Afrique, pour le riz seulement, on importe 40% de la consommation. Chaque année, environ 19 millions de tonnes sont importées, ce qui constitue un grand préjudice pour le continent. » Il a rappelé que les crises mondiales – Covid-19, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient – ont montré que « l’accès au marché peut être bloqué ». Il exhorte les décideurs à considérer que « la sécurité alimentaire est égale à la sécurité nationale ».
Des variétés plus performantes
Pour opérationnaliser la transition, AfricaRice mise sur des technologies variétales adaptées. Dr Ali Ibrahim, représentant régional et chercheur, a présenté les nouvelles lignées « Krame », conçues pour les bas-fonds et plateaux pluviaux, « plus performantes que les variétés Nerica ». Il a aussi évoqué la variété Sahel 108, homologuée depuis les années 1990, et les générations Iziri, plus récentes.
L’inclusion des femmes est un autre axe fort. Maïmouna Ndour, spécialiste des inclusions sociales, a souligné que les femmes productrices de riz au Sénégal ont une « prédestination » pour cette activité. AfricaRice applique des quotas de 35 à 70% pour assurer leur participation. Elle a appelé à améliorer la mécanisation, les formations et le financement, saluant les pas déjà accomplis par le gouvernement sénégalais. Le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, a d’ailleurs insisté sur l’importance du rôle des femmes dans le développement économique : les 557 communes du Sénégal comptent plus de 54 % de femmes dans la population active. Pour répondre à leurs besoins, le Fonds de Titrisation des Créances Agricoles (FSTC Croissance Agricole) transforme les actifs agricoles en instruments de marché afin de mobiliser l’épargne vers le monde rural, un mécanisme innovant que le ministre a résumé par : « Osons et Innovons pour le Financement Agricole des femmes ».
Le président du conseil d’administration, Emmanuel Sackey, a visité les fermes d’expérimentation à Ndiaye (commune de Diama). Il a réitéré l’engagement des administrateurs à appuyer cette trajectoire et formulé le vœu que d’ici une décennie, les pays africains éliminent la dépendance aux importations pour réinvestir dans l’emploi des jeunes.
