Aflatoxines cancérigènes : 22,6 % des échantillons de riz et de mil dépassent les normes au Sénégal

Alors que le Sénégal peine à écouler 335 000 tonnes de riz et paddy invendus en juin 2026, une étude met en lumière une contamination préoccupante du riz local par des aflatoxines cancérigènes. Les résultats, présentés cette semaine à Dakar et rapportés par Senenews, révèlent que 22,6 % des échantillons analysés dépassent les normes sanitaires.

Dakar en première ligne

Menée entre mai et juin 2026 dans les régions de Dakar, Thiès et Kaolack, l’enquête a porté sur 200 échantillons de riz et de mil crus, prélevés auprès de restaurateurs de rue et de leurs fournisseurs. Selon le Pr Amadou Diop, président du Comité national du Codex Alimentarius, la quasi-totalité des échantillons non conformes proviennent de Dakar, où 133 prélèvements ont été effectués. Les marchés de Môle 10 et Petersen sont particulièrement concernés : plus de la moitié des échantillons y étaient contaminés.

Les analyses, réalisées par l’Institut de technologie alimentaire (Ita), confirment que le riz local est le principal vecteur de cette contamination. Le Pr Diop explique que les aflatoxines sont produites par des champignons (Aspergillus) qui se développent sur les céréales lorsque les conditions de stockage sont défavorables. « Les conditions de conservation du riz local exposent parfois les consommateurs à des risques sanitaires », a-t-il souligné, appelant à respecter les bonnes pratiques d’hygiène et de cuisson.

Un risque accru de cancer du foie

Ces toxines sont reconnues comme des contaminants dangereux, associés à un risque accru de cancer du foie, une pathologie déjà préoccupante au Sénégal. L’alerte intervient dans un contexte de mévente massive du riz local : début juin 2026, environ 335 000 tonnes de riz et paddy restaient invendues, une situation qui a poussé le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo à demander au ministre du Commerce d’accélérer l’écoulement des stocks.

Face à ces enjeux, Mamadou Ndiaye, expert en sécurité sanitaire des aliments au Bureau régional de la Fao pour l’Afrique de l’Ouest, plaide pour des mesures structurelles. Il recommande l’élaboration d’un guide national de bonnes pratiques, une stratégie nationale de sécurité sanitaire et l’extension de la surveillance à toutes les régions du pays. « De simples gestes d’hygiène peuvent prévenir plus de 70 % des maladies alimentaires d’origine bactérienne », a-t-il rappelé.

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