Aflasafe : le Sénégal teste une solution biologique sur 20 000 hectares d’arachide

À Taïba Niassène, Elaji Niass a perdu sa sœur, sa belle-sœur et plusieurs voisins après l’apparition de symptômes similaires : jaunissement de la peau, gonflement du ventre et décès rapide. Dans le Bassin arachidier, l’aflatoxine est mise en cause. Cette toxine provient d’un champignon qui atteint les récoltes d’arachide, cultivées sur 40 % des terres agricoles du Sénégal.

« Les arachides, c’est notre vie », témoigne Niass, qui dit ne plus pouvoir ignorer l’ampleur de la maladie. D’après des estimations de l’Union africaine rapportées par Bloomberg, la contamination serait associée à plus de 4 000 cas de cancer du foie chaque année au Sénégal. Le Centre international de recherche sur le cancer lui attribue jusqu’à un quart des cancers du foie diagnostiqués en Afrique de l’Ouest.

Le problème ne concerne pas uniquement l’arachide. Une étude menée entre mai et juin 2026 dans les régions de Dakar, Thiès et Kaolack a relevé que 22,6 % de 200 échantillons de riz et de mil dépassaient les normes sanitaires. Seneplus a rapporté que les prélèvements non conformes provenaient presque tous de Dakar, notamment des marchés de Môle 10 et Petersen.

Sur le plan commercial, la Banque mondiale estime à 325 millions de dollars par an le manque à gagner du Sénégal à l’export. Le pays, autrefois premier fournisseur européen d’arachides pendant la période coloniale, n’envoie désormais plus aucune tonne vers l’Europe. La quasi-totalité de sa production est destinée à la Chine.

Face à cette situation, Amadou Lamine Senghor, phytopathologiste au ministère de l’Agriculture et fils de producteur, a consacré plus d’une décennie à la mise au point d’une réponse biologique. En s’appuyant sur des recherches américaines et avec l’Institut international d’agriculture tropicale, il a sélectionné des champignons locaux sans danger capables de bloquer les souches toxiques.

Validé par les autorités sénégalaises en 2016, le produit a ensuite été commercialisé sous le nom d’Aflasafe. Aflasafe contre les aflatoxines est aujourd’hui testé par l’État sur environ 20 000 hectares. L’adoption reste toutefois difficile pour des producteurs qui doivent investir contre une menace invisible. « Un fusil ne sert à rien si personne ne le tient », résume Senghor.

À l’hôpital de Kaolack, le docteur Bamba Cissé affirme n’avoir vu aucun patient survivre à ce cancer depuis 2019, en raison notamment de l’accès limité aux traitements dans un pays où le salaire annuel moyen avoisine 2 700 dollars. Des acteurs de la filière espèrent néanmoins réintroduire l’arachide sénégalaise sur le marché européen dès cette année.

Elaji Niass cultive désormais ses arachides avec Aflasafe pour fournir une récolte saine à sa famille.

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