Acte IV de la décentralisation : huit pôles spécialisés pour réduire les écarts entre Dakar et les régions

En dépit de trois décennies de décentralisation, Dakar concentre encore l’essentiel des activités économiques et de nombreuses collectivités peinent à valoriser leurs ressources. Ce déséquilibre persistant, l’Acte IV de la décentralisation entend le corriger, selon une analyse de Khaly Sarr publiée par EnQuête+. La réforme ambitionne de faire des territoires non plus seulement des gestionnaires de services de proximité, mais de véritables moteurs du développement économique.

Le président Bassirou Diomaye Faye a fixé le cap le 2 juillet dernier lors d’une rencontre avec les exécutifs territoriaux à Diamniadio. Il y a dévoilé les grands axes de la réforme, axés sur la modernisation de l’organisation territoriale et le renforcement de l’ingénierie locale. Cette nouvelle phase rompt avec les approches précédentes : depuis l’Acte I en 1972 qui créa les communautés rurales, jusqu’à l’Acte III sous Macky Sall qui communalisa intégralement sans apporter les financements adéquats, les limites étaient évidentes.

L’innovation la plus visible est la création de huit pôles économiques, chacun spécialisé selon ses avantages comparatifs. Dakar conforterait son rôle de métropole des services et de l’innovation ; Thiès renforcerait sa vocation logistique ; le Nord miserait sur l’agriculture sahélienne ; le Sud, sur l’agropole et l’écotourisme ; le Sud-Est, sur sa position de carrefour sous-régional ; le Nord-Est développerait les filières des phosphates, des engrais et de l’élevage. Ces pôles serviront de cadre de coordination entre État, collectivités et acteurs économiques via des contrats de performance.

Plusieurs conditions détermineront le succès de la réforme. La question du financement est centrale : les budgets locaux restent limités alors que les nouvelles compétences exigent des investissements lourds et le recrutement de personnels qualifiés. La gouvernance constitue un autre défi : avec la coexistence des communes, des départements et des nouveaux pôles, clarifier les responsabilités sera essentiel pour éviter les chevauchements. Enfin, l’équité territoriale devra être assurée pour que les collectivités les plus fragiles ne restent pas dépendantes des mécanismes de solidarité nationale.

Pour exercer ces nouvelles missions, les collectivités devront renforcer leurs capacités. L’Acte IV prévoit une montée en puissance de l’ingénierie territoriale avec des directions spécialisées dans les finances, le développement économique ou la planification urbaine. Un expert a récemment proposé un remembrement communal pour corriger les incohérences territoriales héritées de l’Acte III.

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