À Bakel, le fleuve Sénégal relie deux rives malgré la pollution

Comment le fleuve Sénégal peut-il continuer à rapprocher Bakel et Gourèye alors que ses eaux se dégradent et que le poisson se raréfie ?

À Bakel, sur la rive sénégalaise, et à Gourèye, en Mauritanie, le cours d’eau sépare deux territoires mais facilite les échanges entre des populations partageant une même culture. Le commerce, les déplacements de personnes et le passage des marchandises s’organisent autour de ses berges.

Avant d’atteindre l’embarcadère, les voyageurs passent par les services de la police de l’Air et des Frontières et de la Douane. La police vérifie les identités et demande notamment des photocopies de la pièce d’identité et de l’ordre de mission. Les contrôles concernent les personnes qui souhaitent traverser comme celles qui restent sur la berge.

Une traversée de cinq minutes

Des dizaines de pirogues stationnent des deux côtés du fleuve. Au Sénégal, une tente en paille abrite des clients et des conducteurs dans l’attente du prochain départ, tandis que des vendeuses proposent des fruits et des œufs. Des sacs de riz sont aussi transférés vers de grandes embarcations.

Une pirogue d’environ trente mètres peut rejoindre l’autre rive en cinq minutes. Après l’embarquement, de jeunes hommes la poussent avant que le capitaine ne mette le moteur en marche. Les départs et les arrivées se succèdent au fil de la journée, maintenant une liaison régulière entre les deux villes.

Le fleuve est toutefois décrit comme très jaunâtre. La pollution, que le reportage relie à l’exploitation minière dans la zone de la Falémé, affecte la pêche depuis plus d’une décennie. La baignade n’y est plus pratiquée, certaines populations évitent d’y laver leur linge ou leurs ustensiles, et l’eau n’est plus considérée comme potable.

Cette dégradation s’inscrit dans une raréfaction plus large des ressources halieutiques au Sénégal. Sur la Petite Côte, les pirogues rentrent souvent vides après dix heures en mer, alors que les pêcheurs parcouraient auparavant une quinzaine de kilomètres : ils doivent désormais en parcourir 40 à 60 pour tenter de trouver du poisson. À Bakel, cette baisse des captures pousse elle aussi les professionnels à chercher d’autres moyens de subsistance.

Le transport fluvial à Bakel assure ainsi le déplacement des personnes et des biens, alors que la pêche traditionnelle recule. Mamadou Sow, responsable de l’Association des transporteurs, explique que lui et ses collègues se sont tournés vers cette activité après la baisse des ressources halieutiques.

Il demande que le « plaidoyer et les discussions » sur la pollution soient multipliés. Selon lui, les réponses doivent être concertées entre les pays, car l’orpaillage pratiqué dans un autre territoire peut réduire les effets d’une action menée unilatéralement par le Sénégal.

Mamadou Sow évoque également les difficultés liées aux formalités de passage. Il affirme que les exigences concernant les pièces d’identité réduisent le nombre de voyageurs et peuvent conduire certains usagers à emprunter des points de traversée non officiels. Il propose que les autorités facilitent l’obtention de documents d’identification pour les populations concernées.

Dans un reportage publié par lesoleil, il précise que le ticket, fixé à 200 FCfa avant la Covid-19, est passé à 500 FCfa, tandis que le trajet de la Mauritanie vers le Sénégal coûte 1.000 FCfa.

Les traversées sont organisées de 7 heures à 18 heures, avec des départs qui peuvent se prolonger jusqu’à 19 heures.

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